Adultère,
- Romain Delaire
- 22 févr.
- 4 min de lecture
Pendant le live du 20 février dernier, Cédric me demandait si la vie après la mort serait plus douce que la vie avant la mort.
Je voulais m’appuyer sur la racine de cette question pour parler de quelque chose qui nous regarde tous. Ma manière première de l'évoquer, c’est de parler d’adultère. C’est-à-dire de tromperie, d’aller renifler l’herbe plus verte ailleurs et de délaisser ce que nous sommes, ce qui est là, ceux qui sont là. Ce qui est lié à nous. Ce qui ne peut rien sans nous.
Avec Cédric, on a observé ce mouvement sous l’angle de ce qui survivrait à la mort de Cédric. En me branchant à ses mots, je suis arrivé dans l’énergie de quelqu’un qui se juge et se condamne avec une telle sévérité, qu’il décide de se délaisser. Il préfère rêver à tout ce qu’il pourrait être d’autre que ce qu’il est ici et maintenant. Ce que Cédric fait avec Cédric depuis qu’il est né, ce corps et cet être qui le relie à cette réalité, il n'en veut plus la responsabilité.
Tout d’abord, il faut être Cédric pour pouvoir fantasmer d’être autre chose que Cédric. C’est parce que Cédric sait ce que c’est d’être Cédric, qu’il peut aspirer à autre chose. Et pour être honnête, alors que Cédric emmène Cédric. Que Cédric se retrousse les manches et fabrique le paradis de Cédric. Étant donné tout ce que Cédric a permis et supporté pour Cédric, ça pourrait être la moindre des choses que le bonheur de Cédric soit la priorité de Cédric.
L’adultère dans un couple, c’est la même chose. Il faut être en couple, s’être montré, avoir vécu les hauts et les bas, être dans le réel de la relation humaine du quotidien pour pouvoir se permettre de fantasmer à une parenthèse enchantée avec quelqu’un qui ne nous connaît pas.
Et là où je veux en arriver, c’est à l’adultère avec moi-même. Depuis le début, je suis avec moi. Ce que je suis devenu, c’est le résultat de ce que j’ai fait de moi. Il n’y a aucune fatalité là-dedans, je peux changer, faire d’autres choix et faire autre chose de moi. A condition d’assumer la responsabilité de mon parcours. L’intérêt de l’adultère, c’est de croire qu’en abandonnant mon œuvre, je vais pouvoir profiter de l’œuvre d’un autre et ainsi ne pas avoir à payer l’addition de mes choix et actions passés.
Spoiler alerte, personne ne peut faire ça. Au pire, vous alimentez un mensonge encore plus grand pour vous retrouver au bout du compte devant un précipice proportionnel. Au mieux on vous explique que vous n’êtes pas à votre place, et on vous invite gentiment à rentrer chez vous pour vous occuper de vos affaires.
L’adultère avec soi-même est subtil. Il se produit à chaque fois que je fantasme sur la vie des autres. À chaque fois que je me condamne à être trop ou pas assez en comparaison de ce que je fantasme que les autres sont. Cet adultère est une pente intérieure que j’empreinte quand je ne donne plus de tendresse, de respect et de force à qui je suis, pour délirer sur une réalité qui ne me regarde pas.
Les autres, le monde et l’extérieur sont un miroir. Intéressant pour se voir, se reconnaître, s’inspirer et pourquoi se situer. Mais dès lors qu’on les utilise pour se condamner, on détourne la seule source d’énergie disponible à notre humanité. Nous sommes en couple avec nous-mêmes. L’humain que nous sommes a un besoin vital de notre engagement, de notre amour, de notre tendresse et de notre force. Quand nous le traitons comme une sous-race, un être imparfait dont il nous tarde de ne plus avoir la responsabilité, alors nous fabriquons l’enfer sous nos pieds.
Parce qu’ici il n’y a rien d’autre à vivre. Nous sommes bloqués avec cet humain, mais lui aussi est bloqué avec nous. Nous sommes liés. De ce que nous choisissons de prendre et de donner dépend totalement la qualité de ce qui ici est expérimenté.
Et si je pousse le mouvement pour aller tutoyer le firmament, je dirais que ce que je suis ici est un reflet. Romain est une expression de ce que je suis de toute éternité. Si je délaisse Romain, je néglige une partie de l’éternité. En faisant ça, je fais entrer le vers dans le fruit. C’est comme si je décidais que mon orteil n’est pas moi et qu’il me fait chier. Que je le laisse mourir et gangréner. Vous savez comme moi qu’il ne serait qu’une question de temps pour que ce déni remonte à mon pied, à ma jambe et puis rapidement à la totalité de mon corps.
J’ai ici la responsabilité de Romain. Quand je prends soin de Romain, je prends soin de tout le monde humain et divin. Je prends soin de tout ce qui est et qui ne sera jamais. Je prends soin du et des univers tout entiers au travers de cet humain qui m’est confié. Il n’y a rien d’autre à faire ici. Abandonner Romain, c’est abandonner l’humain et le divin.
J’y vais un peu fort pour que mon message soit percutant. Il n’est pas nécessaire de dramatiser cette histoire. Mais toutes nos idées d’impuissance et de sentiment d’enfermement trouvent leurs racines dans ce renoncement à être responsable de la totalité de ce que nous avons fait, faisons et ferons des petits humains que nous sommes.


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