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Générosité,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 6 févr.
  • 4 min de lecture

Ouh qu’elle est fragile celle-là ! Elle me fait régulièrement claquer des genoux ! Ça ne me fera pas de mal de la revisiter avec vous.


Donner généreusement, ça commence et ça s’arrête où ? Quand je n’ai plus rien à donner, est-ce que je deviens automatiquement radin ?


On dirait que la générosité est une sorte d’équilibre entre une expression sincère (un acte, un mot, un geste), le respect de ses propres limites, et la marge de manœuvre laissée à celui à qui on offre de faire ce qu’il veut de ce qu’on lui a donné.


Quand un de ces trois pôles n’est pas assumé ou investi, la générosité s’effrite. Parce que oui, on peut commencer généreusement et continuer autrement. On peut offrir avec le sincère plaisir de donner la liberté à l’autre d’en faire ce qu’il veut, et avoir la nausée de voir notre présent jeté aux ordures.


Ça peut sembler paradoxal, je vous l’accorde, mais je ne verserai pas dans la lecture qui dirait « oui mais si ça t’a blessé que ton don soit jeté, alors c’est que dès le début ton acte n’était pas généreux ». Non, on a le droit, sans être taxé de radinerie, d’assumer qu’on a donné généreusement, et aussi d’être touché, déçu et pourquoi pas dégoûté de la tournure qu’ont pris les évènements.


Je ne mettrai pas le nœud sur « est-ce que finalement c’était vraiement généreux ? », je le mettrais plutôt sur « J’ai posé un acte de générosité, et puis je me suis arrêté. Alors, le vertige m’a emporté et j’ai basculé ».


Ça nous amènerait à observer la générosité comme un équilibre sur un fil. Quand je suis en équilibre, je suis en équilibre, point. Je le sens, je le sais, je le vois, et ça se voit. Mais, si je ne maintiens pas cet équilibre, lorsque je m’arrête pour vérifier si j’ai été généreux, je mets en doute la vérité que je sais, je demande qu’on me prouve autre chose que ce que je sais, je ne suis plus concentré à regarder droit devant, à continuer de m’engager avec générosité dans ce que je fais, je ne maintiens plus la tension, je baisse les yeux, je perds le fil, je regarde le vide sous mes pieds, et je tombe.


Ça va nous inviter à ajouter un nouveau pôle à notre équation, puisqu’on dirait que si on s’arrête pour vérifier que c’était bien de la générosité, alors ça n’en est plus. Comme s'il était fondamental de ne pas savoir ce que l’autre fera de ce qu’on lui donne. Ainsi, nous lâchons vraiment, détournant le regard de ce qui n’est plus présent, nous afférant à garder l’équilibre en restant sincère et généreux dans ce qui nous est offert d’administrer maintenant.


Si la vie met sur mon chemin une destination qu’a pris l’un des cadeaux que j’ai offerts, je prendrai l’émotion comme une nouvelle opportunité. Parce qu'à ce moment-là encore, je serai en train de vivre une situation qui me demandera de choisir ce que ça veut dire pour moi de donner généreusement de moi maintenant.


Je me souviens de la phrase d’un artiste prolifique qui disait « il ne faut pas s’arrêter, sinon le vertige, ça vient vite ! ». Je crois que c’est ça l’idée. Se concentrer, se consacrer, donner le maximum dans l’instant en respectant son intégrité et ses limites, aller au bout du projet, livrer, et repartir immédiatement sur le prochain sujet, la prochaine concentration, la prochaine consécration.


Il y a un petit bémol avec l’idée de surveiller ce qui est sur le feu, de rester attentif à ne pas gâcher ce qui a été investi, est en cours de cuisson, et ne demande pas la totalité de notre attention mais doit être surveillé. À nous de voguer avec discernement sur cette pente, attention à sentir la différence entre précaution et obsession. Le fil peut être mince, mais avec de l’honnêteté, le droit de se tromper et un désir de respect, ça paraît jouable, dans le temps ça se pose sans trop de difficultés.


Pour conclure peut-être, la générosité semble surtout être quelque chose qu’on s’offre à soi dans l’instant, et que du coup on peut s’offrir à chaque instant. Les destinations et conséquences de ce que nos actes auront engendré ne disent rien, de la générosité présente qu’il nous est toujours disponible de caresser. Offrir tel objet peut-être le réel fruit de ma générosité. Et puis l’objet en question n’ayant pas convenu comme je l’imaginais, je peux avoir une nouvelle idée. Je peux continuer d’exprimer ma générosité et offrir un objet qui me semble plus adapté, et ainsi de suite. Je vous l’ai fait avec des objets, mais vous saisissez l’idée. Si je regarde ce que dans l’instant je peux chérir, soigner et apporter, j’ai toujours l’occasion d’exprimer ma générosité, et c’est quand je l’exprime que je me vis généreux. Et finalement, c’est ça être généreux. Ce n’est pas être quelqu’un de généreux dans l’absolu, quelqu’un dont on dit qu’il est généreux. Ce serait plutôt toujours avoir le pouvoir de me vivre généreusement. Et ça tombe bien, on dirait que ce pouvoir est entre nos mains.


C’est toujours un plaisir d’arriver à l’endroit où il ne nous manque rien.

La voie est libre.



 
 
 

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