Le lien sexuel,
- Romain Delaire
- 16 avr.
- 3 min de lecture
La sexualité peut-être un rempart contre la confusion et la barbarie si elle est sacrément honorée. Il ne sera pas question ici de bien ou de mal faire l’amour. Mais plutôt de prendre conscience que lorsqu’on décide de se relier jusqu’à ce niveau-là, nous allumons une machine qui peut nous empuissancer si nous la respectons.
Quand nous nous relions sexuellement, nous nous montrons dans ce que nous sommes de plus animal, instinctif, et de moins contrôlé et mental. Alors nous sommes vus et nous voyons l’autre. Cet instant de vérité peut être la racine d’une vérité qui se diffuse dans toutes les facettes de nos vies.
Pour cela, il faut oser sentir et prendre conscience que faire l’amour s’est bien planter une graine. Et pour profiter des fruits de l’arbre en devenir, cette graine demandera de l’attention, du soin et du respect.
Rien n’exclue de planter plusieurs graines à condition d’avoir conscience de l’engagement et de l’implication qui vont avec. Un lien sexuel est une porte vers le divin à condition que l’animalité des amoureux soit consciemment assumée et honorée.
Lorsque nous faisons l’amour comme une récréation non-engageante, sans avoir conscience de l’offrande que nous invoquons pour planter cette graine, et donc que nous désertons ensuite le terreau ensemencé, nous perdons une énergie monstrueuse. Cette perte d’énergie se traduit par des états de confusion, des tiraillements et des fragmentations physiques et/ou psychiques.
En revanche, si nous assumons la responsabilité de cet enfantement énergétique, la joie, le désir, la fluidité, la chaleur, la fraternité, la lucidité et l’inspiration sont les amis avec lesquels nous cheminons.
Le désir d’union qui magnétise les amoureux n’est pas une malédiction. Ou plutôt, s’il est assumé et honoré, il peut être une bénédiction. Vouloir enfanter, produire, être inspiré et s’enrichir sans s’unir est la démarche qui produit la malédiction.
Quand notre éveil au monde nous invite à nous méfier les uns des autres et à espérer nous autosuffire sans être interdépendants les uns des autres, nous périssons. Cela nous rend faible, triste, sexuellement frustré et donc nous nous unissons quand cette discipline contre nature nous devient insupportable, pour réessayer de nous en sortir seul dès que nous avons, un peu, fait retomber la pression. Et c’est reparti pour un tour.
L’amour, la douceur, la tendresse, les caresses, le désir et le plaisir de s’aimer sous toutes les formes qui nous mettent en joie sont la première des priorités. À partir de cette art de vivre, notre psyché perçoit la réalité sous un angle lumineux, créatif et sagement ambitieux.
L’amour, l’union et la communion ne sont pas des récompenses, ils sont le point de départ et le point d’arrivée.
Faisons l’amour oui, mais pour ensemencer le monde de tendresse et de vigueur, et non pas pour oublier nos fausses conditions d’individus tristes et perdus.
Vivre et assumer une sexualité saine n’a rien à voir avec maîtriser une sexualité sage. Mais bien plus avec oser poser un cadre qui sécurise, un cadre qui engage et protège les amoureux, et dans ce cadre donner libre cours à notre amour sous toutes les formes qui nous amusent.
Le lien sexuel est sacré pour le lien aux éléments vitaux qu’il connecte. A condition d’assumer que jamais nous n’avons fait l’amour sans nous aimer, jamais. Même les fois où nous nous racontions que ça ne comptait pas, ça comptait profondément, nous n’étions simplement pas capables d’en prendre la responsabilité.
Un lien sexuel, ça peut se rompre. Pas de problème avec ça. Il suffit de se le dire clairement et d’oser ne plus le nourrir, même en secret. Et aussi, de conduire notre propre énergie vers un nouveau lien. L’énergie ne reste jamais stagnante et contenue indéfiniment, elle a toujours besoin d’une direction vers laquelle nourrir, prendre soin, aimer, chérir et féconder.
Quand ce n’est pas le moment de vivre ce lien avec une amoureuse ou un amoureux, ça fonctionne aussi avec un art, une passion, une voie, une direction, un rêve, et donc avec soi-même. C’est même de cette manière qu’on s’entraîne réellement à se respecter en tant qu’individu dans notre manière d’aimer et de désirer. Il paraît même que cela est le chemin pour certains. À nous de découvrir comment notre réalité à nous se colore, s’apaise, se révèle et se nourrit de jeux et de joie.


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