Le mal est de ce monde !
- Romain Delaire
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture
Il y a la dualité, le haut et le bas, le chaud et le froid, le lumineux et l’obscur… Ça, c’est l’écosystème fertile et fécond avec lequel nous faisons corps !
L’obscur n’est pas le mal, la nuit n’est pas le mal, la lune n’est pas le mal. Ces notions équilibrent, enrichissent, donnent de la perspective et du corps à l’aventure offerte en ce monde.
Le mal que je veux mettre en lumière ici se situe au-delà de la dualité. Comme une troisième polarité. Il est question de la peur, du reniement, de l’oubli, de la déresponsabilisation. Il est question d’une posture qui se dévalorise, rend les armes, son pouvoir et sa souveraineté à quelque chose qui l’aurait convaincu de ne pas occuper sa place !
Situer et cerner ce mal peut être subtil, parce qu’il n’est pas question d’une action, d’une pensée ou d’une posture particulière, mais d’une soumission à quelque chose de menaçant qui nous convainc d’agir, de penser ou de nous comporter de telle ou telle manière, à tel ou tel moment !
Le mal que je cible ici ne change pas le jeu de cartes dont nous disposons, il nous convainc de le jouer à notre place. Il nous convainc de rester loin des enjeux, des risques, du péril et du désir pour nous prendre en charge et utiliser notre énergie pour une destination qui n’est pas présentée.
Ce mal est un parasite, c’est-à-dire que sans notre consentement, sans notre désespoir, sans notre dévouement à lui donner le pouvoir, il ne peut rien et il n’existe pas !
Ce mal est un négociateur, un charmeur, une bête capable de situer nos points sensibles et d’appuyer dessus pour nous faire plier ! Ce mal est en survie par excellence, il ne recule devant rien pour nous étreindre, nous détourner, nous effrayer et nous ranger à son projet !
Ce mal se nourrit de notre ardant désir de paix, on pourrait même dire que c’est lui qui nous invite à détester la guerre, à faire l’amalgame entre être béligérant et protéger vigoureusement nos intérêts ! Ainsi nous devenons inoffensifs, trop occupés à nous vendre pacifiques, il peut ainsi nous ronger sans résistance !
Ce mal se nourrit aussi, paradoxalement, de notre ardant désir de guerre ! Il attise la division, la peur, la simplification, les compulsions et nous empêche de nous concentrer pour diriger fraternellement notre salutaire autorité !
Ce mal est un joueur, abusif, malsain, déviant, pervers et dégoûtant, mais un joueur malgré tout ! Un joueur parce qu’il sait qu’il n’a de pouvoir que celui que nous lui donnons ! Ça le fait jouir de voir jusqu’où la peur et les menaces nous brident, nous castrent, nous dirigent et nous enlisent !
Ce mal est orphelin ! Un mouton noir qui cible le vide, l’espace inoccupé par la présence et la conscience, comme pour mettre en évidence ce qui demande à être vu, reconnu, intégré et honoré !
Ce mal est dedans et dehors sans distinction, il susurre à notre oreille, il interprète pour nous nos sensations, il colore notre vision, il enferme nos relations, il étrique nos conceptions.
Ce mal n’est pas nécessaire, en tout cas pas en dehors d’un cadre très précis, délimité et gardé avec autorité !
Alors, où ce mal pourrait-il être utile ? A cet endroit, peut-être n’en serait-il plus un, de mal ?
Pour que ce mal se transforme en autre chose, il faut déjà le cerner avec précision ! On va essayer ici : Ce mal prend le pouvoir sur nous quand nous disjonctons, nous mettons hors de nous, et que surtout, nous ne sommes pas entourés d’humains avertis, capables de voir et sentir la transition, et de nous accompagner à reprendre le pouvoir sur nous-mêmes.
Cet idéal se produit dans tout bon club d’art, de sport ou toute entreprise au service d’une mission fraternelle. Quand nous assumons d’aller nous entraîner, toucher et repousser nos limites en étant encadrés par des humains qui sauront nous tenir et nous faire redescendre si nous oublions l’essentiel :
- Nous respecter nous-mêmes et les autres, c’est parce que l’autre accepte de jouer avec moi, de perdre et de gagner que j’ai l’occasion de me rencontrer moi-même dans mes limites et mes possibilités.
- Nous souvenir que nous sommes en chemin et que c’est donc normal d’être dépassé quand nous tutoyons nos limites.
- Nous rappeler que la maturité prend racine dans la répétition et le cycle d'essai, erreur, digestion, intégration et réessaie encore !
Dans ce processus, le mal peut s’immiscer au travers du désir de dépasser outrageusement les autres, notamment au travers de la compétition et du marché. La compétition et le marché peuvent avoir de joyeux le fait qu'ils peuvent être une réunion de joueurs compétents d’accord de recevoir une intensité particulière qui est celle d’être jugés sur leurs compétences à un moment précis. Mais la compétition et le marché rongent et détruisent quand ils deviennent une occasion d’exister qui compense d’autres endroits de l’existence non investis. Alors les larmes, la rage, les vices et les coups de sang prennent le pas sur la fraternité mère qui réunit sainement les humains.
En dehors de ce genre de cadre, ce mal n’a pas sa place. Une collectivité aguerrie doit savoir sentir le besoin de dépassement de soi des uns et des autres, les cadrer et les orienter pour exprimer cette énergie là où elle les grandira, eux et le collectif par voie de conséquence.
Je pourrais épiloguer longtemps sur ce mal, ou plutôt sur notre responsabilité à conduire notre énergie de vie et ainsi à ne pas la nier et la laisser fabriquer nos monstres, mais je crois avoir passé le message principal.
C’est cet art de reconnaître, d’honorer et de prendre la responsabilité de l’énergie qui nous est confiée que nous façonnons à l’académie des comètes. Si ces notions et cette voie font sens à ton esprit, tu y es bienvenu.


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