Nous nous retrouverons et, nous nous aimerons,
- Romain Delaire
- 5 févr.
- 3 min de lecture
Un royaume perdu sur lequel aucun soleil ne se lève plus. Une reine dévastée, épuisée, brisée. Impossible pour elle de se relever de la perte d'un fils bien-aimé.
Le choix d’abandonner, de se laisser aller, de laisser tomber, de laisser le pire décider, de laisser l’obscurité régner.
Une douleur insoutenable, des promesses brisées. La joie d’un fils, maintenant fantôme du passé, mémoire assourdissante raisonnant dans les murs d’une citadelle désertée.
La reine a mal, la reine est seule, impossible de l’atteindre, sa souffrance est loyauté, puisque son petit n’a pas pu être sauvé, c’est la moindre des choses à ses yeux, que pour des millénaires, elle soit condamnée.
Son roi est là. Depuis le début, depuis toujours. Son amour est sans loi. Pour raviver sa reine, pour qu’elle se souvienne, aucune méthode, aucune frontière ne l’arrêta.
Ces deux-là sont seuls. Et depuis le fond des âges, c’est le pacte et la joie de leur voyage. Ambassadeurs d’émancipation dans certains mondes, sorcière et sorcier à brûler dans d’autres sphères. C’était le fruit de leur vœu, quand du haut du plongeoir, main dans la main, yeux dans les yeux, ils ont choisi de sauter jusqu’en bas, et ensemble d’être percutés, par tout ce que leur amour pouvait leur chanter.
Dans certains mondes, c’est lui qui ne se relève pas. Mais là, c’est elle qui ne digère pas. Alors, il a remis une pièce, dessiné un nouveau contexte. Il ne peut pas soulager son cœur à sa place, mais il peut les plonger tous les deux dans un nouvel espace. Il peut leur faire oublier les formes, pour que le souvenir, la mémoire ne soit plus qu’une métaphore. Bien réel, bien vivante, bien prégnante, mais suffisamment diluée, pour qu'à nouveau sa reine retrouve le goût de s’aimer.
Ce nouvel endroit est plus froid. Ça calme les flammes des douleurs de leur effroi. Dans ce monde, officiellement, les gens comme eux n’existent pas. C’est incognito qu’ils marchent parmi les milliards d’autres qui, par leurs créations, ont été dépassés. Ce monde est un refuge, un lieu de convalescence, pour les cœurs qui avaient perdu le sens.
Des reines, des rois, des impératrices, des empereurs, des dieux dépassés, des enfants fatigués. Marchant les uns à côté des autres, comme si jamais ils n’avaient été autre chose que des êtres dérisoires, seuls, mortels et soumis à ce qu’ils aiment appeler le hasard.
Il avait programmé qu’une fois qu’ils se seraient retrouvés, lui serait le premier dont les souvenirs seraient ravivés. Doucement, partiellement, juste ce qu’il faut pour sentir qu’au près d’elle, il est arrivé. Juste ce qu’il faut pour la tenir contre lui, pendant que la douleur remonte à la dose qui convient, à la dose supportable, à la dose guérissable.
S’il avait pris la responsabilité de les faire changer d’ère, de les plonger dans cette nouvelle sphère, en amoureux transit, en mari protecteur, son réveil ici, avait révélé en lui que depuis le début, ils étaient bien deux à porter ce malheur. Il avait eu le courage de changer pour elle, et dans ce nouveau monde, autant qu’elle, il sentait sa peine. Mais juste ce qu’il faut. Juste ce qu’il faut pour se soigner. Juste ce qu’il faut pour se remettre en route. Juste ce qu’il faut pour recommencer, remettre le pied à l’étrier, rallumer son atelier, ressortir les crayons et le papier, et faire ce qu’il avait toujours fait. Dessiner ce que l’amour qui les reliait, lui inspirait de rendre vrai dans les paysages qui les voyaient s’attarder.
Elle se remettait en forme. Elle prenait son temps, ici, elle avait le temps. De nettoyer ses parures, de retrouver sa carrure, de rallumer son armure. Que ses grimaces à nouveau illuminent son visage, que son sourire redevienne la boussole, qui depuis la nuit des temps les guidait, au travers des possibles, qui, avec pour seule limite leurs désirs, pouvaient encore leur offrir tout ce qu’ils oseraient conquérir.
Lui, il la regardait. Parfois trop, mais jamais assez. C’était dans ses yeux qu’il se souvenait, qu’il était un roi courageux que rien ne limitait. Qu’il était venu avec elle pour la regarder rire. Qu’il était venu avec elle pour dessiner ses souhaits, des meilleurs aux pires. Qu’elle aimait lui faire repousser ses limites, et qu’en tenant sa main, il n’hésitait jamais à oser bâtir, ce qu’elle lui disait qu’ils devaient devenir.
Est-ce que c’est lui qui seul les avait fait changer d’ère ? Ou finalement elle qu’il lui avait suggéré d’oser abandonner ses chimères et de laisser ce petit suivre sa rivière ?
Ces deux-là ont de beaux jours devant eux. Si vous les croisez, profitez d’eux. Ils passent, distribuent, régalent, partagent et repartent sans qu’on réalise qu’il faudra faire sans eux. Leur mission est de faire savoir qu’ici n’est que transitoire. Que lorsque nous aurons récupéré de nos séquelles, il sera le temps de nous souvenir, que nous savons ici comme ailleurs, toujours voler de nos ailes.








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