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Sur la ligne de crête !

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture

Qu’est-ce que c’est qu’évoluer, s’engager sur un chemin, aller dans une direction, ambitionner du beau, du grand et du bon ?


Cette question est au cœur de mon travail pour moi-même et pour celles et ceux qui me font confiance pour les aider à s’écouter, prendre leurs risques et construire quelque chose qui leur ressemble !


On va donc faire ici une mise à jour de ce que ces enjeux représentent aujourd’hui à mes yeux !


Ne pas confondre ce qui relève de ma capacité à agir, avec ce à quoi je dois m’adapter ! Ce qui est d’ailleurs différent de ce qui relève de ma responsabilité. Nous sommes potentiellement tous responsables de ce que l’humanité est aujourd’hui. C’est-à-dire que nous devons être en capacité d’apporter une réponse personnelle profonde à ce qui se produit en nous et autour de nous.


Pour ce qui est de notre capacité à agir, à moins que vous soyez aux commandes d’entreprises très enracinées et étendues, votre capacité à agir est d’abord personnelle et locale. Et c’est beaucoup ! Ça n’est pas négligeable, si chacun est vraiment présent et engagé à son poste, ça change tout.


Être humain ici sur cette planète, c’est être soumis à la gravité. Il y a sa version extérieure, matérielle, physique, la gravité terrestre, mais il y a aussi sa version intérieure, immatérielle, psychique, la gravité de notre naissance amnésique, de notre vie soumise à des limites sonnantes et trébuchantes, et de notre mort sur laquelle nous n’avons pas de contrôle.


Cette dimension intérieure de la gravité de l’expérience humaine est à honorer, respecter et affronter chaque jour qui nous est offert. Mais c’est un défi auquel nous ne sommes pas encouragés. Nous sommes encouragés à oublier cette gravité en espérant décoller, nous mettre à l’abri de cette réalité par tout un tas de stratégies de pouvoir et d'illusoires sécurités.


Plus nous sommes nombreux à vouloir décoller et oublier notre part de responsabilité à garder les pieds sur terre, plus mécaniquement, il faut que certaines et certains d’entre nous se retrouvent à plonger sous terre aussi profondément pour équilibrer l’ensemble.


Pour que certaines et certains s’inventent des vies paradisiaques, il faut que d’autres vivent l’enfer. C’est mécanique, ce que certains groupes, castes, milieux privilégiés se permettent de perpétuer comme horreurs n’est possible que parce que les gens normaux achètent l’espoir d’un paradis artificiel au prix d’accepter immédiatement de vivre un enfer.


Il faut bien observer ici que les vies paradisiaques que certains réussissent à se bâtir ne sont que des mirages, des caprices d’enfant qui tôt ou tard s’effondrent pour révéler ce qui n’avait jamais disparu : nous sommes tous logés à la même enseigne, nous sommes ensemble, nous avons besoin des autres pour être humain, vivant, créatif, paisible et lucide !


Maintenant, attention à ce que ce genre de discours pourrait produire comme conclusion, parce que nous sommes tous parasités, tous traumatisés, tous blessés et donc lorsqu’il est question de pointer du doigt des frères et sœurs, nous avons tendance à faire parler notre jalousie, notre frustration, nos douleurs et nos peurs. Alors, nous rejouons le jeu de l’auto-destruction !


Notre nature est belle, saine, féconde, courageuse et paisible ! Ce à quoi nous avons été conditionné, torturé et exposé depuis des millénaires nous a invité à confondre notre nature et ce qu’il était attendu de nous en bon soldat de conflits qui ne divisent que nous-mêmes. Nous avons été conditionnés à avoir peur des mêmes enfants et des mêmes familles que celles pour lesquelles nous sommes prêts à nous battre. Et nous avons été dopés à admirer et vouloir ressembler à des coquilles vides, des blessés sélectionnés pour leur avidité, dressés à torturer les leurs en échanges de privilèges bidons !


Le ver dans le fruit n’est pas notre jouissance d’être nous-mêmes, de rêver, créer, bâtir, célébrer et naturellement nous cajoler, non, le ver dans le fruit c’est notre peur de ne pas suffire, notre peur de ne pas être capable de confronter la gravité de ce qu’est être humain. Mais nous sommes capables, très capables même. A condition d’oser laisser tomber les chimères, à condition d’oser partager, ressentir et porter ensemble ce qu’il se passe en nous et autour de nous.


Nos vies comptent, et elles s’inscrivent dans quelque chose de plus grand que nous-mêmes, elles sont le prolongement de ce que nos vieux ont traversé, et le point de départ de ce que nos jeunes vont confronter. Et ce qui réunit ces espaces temps, c’est notre dignité présente, notre audace à être nous-mêmes au-delà des attentes et des morales de poussière.


L’horreur est là, chacun doit en prendre sa part et l'équilibrer en son intérieur et son extérieur. Les distractions, les tentatives de diversions, de détournement et de parasitage sont présentes et adaptées à chacune et chacun d’entre nous. En prenant le taureau par les cornes de nos propres enjeux, nous inspirons autour de nous, sans même nous en rendre compte, celles et ceux qui oseront confronter les leurs.


C’est rarement une question de jeu. Jouer ensemble, nous respecter, reconnaître que je peux apprendre, gagner et perdre parce que tu veux bien jouer avec moi, c’est notre moteur à énergie libre. Le jeu est le commencement et la fin de tout. Le jeu produit les plus beaux, créatifs et puissants élans.


C’est lorsque j’ambitionne de ne plus perdre et que j’oublie que je joue avec une sœur ou un frère, que tout ça est un jeu, et que si l’autre a besoin d’aide on arrête de jouer et on s’entraide, que nous devenons fous et cannibales. Cet équilibre est majeur !


Ce monde est ainsi fait, nous avons besoin de nous confronter, de nous challenger, de nous dépasser pour jouir d’être ce que nous sommes, et pourtant nous avons besoin de garder les pieds sur terre, de ne pas nous prendre au jeu au-delà de ce que notre famille humaine pourrait subir de destructeur.


Nous sommes tous gardiens de cet équilibre, chacune et chacun à notre échelle ! Avoir comme priorité de soigner cet équilibre, de l’enseigner aux enfants, de le chérir entre nous et de l’offrir à nos parents représente quelque chose d’extrêmement disponible, radicale et fécond pour notre communauté !


Rêver beau et grand est vital, prendre soin aussi intensément de ce qui est, et ceux qui sont fragiles et dans le besoin maintenant l’est tout autant. Les ivresses d’ascensions et de fuites de la gravité sont à tenir en joue ! Nous sommes menacés par les idées qui nous empêchent de ressentir profondément ce que chaque humain ressent autour de nous. Nous sommes menacés par les idées qui nous suggèrent de transgresser le rythme des saisons, la maturation que seul le temps produit et le puits de sagesse que le vide enseigne.


C’est donc sur cette ligne de crête que nous cheminons à l’académie des Comètes, nourrir, allumer et faire pulser la singularité, la créativité et l’ambition de partager de chacun, tout en restant attentif à soigner, accompagner et respecter nos profondeurs, nos vides, nos gravités et la danse de nos saisons !



 
 
 

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