Prôner la joie ne suffit pas !
- Romain Delaire
- il y a 5 jours
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On va parler ici de responsabilité, de sens des responsabilités et de conscience de ce que nos choix ont comme conséquences sur celles et ceux qui sont connectés à nous.
Être en responsabilité, c’est-à-dire être habilité à répondre aux situations que le présent offre, c’est assumer ce qu’engagent mes choix.
Il y aura toujours la surprise, la magie, ce que mes actes produisent et que je n’aurais pas pu anticiper, ça c’est la grâce, merci à elle de danser avec nous. Mais on ne compte pas sur la grâce, c’est elle qui vient nous trouver au bon moment, au bon endroit ! Cette grâce n’est pas une raison de ne pas reconnaître, assumer et respirer ce que j’engage lorsque je choisis.
Cette partie peut être difficile à ressentir, si c’est le cas, une des meilleures façons de se reconnaître dans cette idée, c’est de se souvenir des réactions de notre corps. Oui, notre corps se tend, réagit, parfois intensément d’ailleurs, lorsque nous nous engageons dans un choix que nous savons pouvoir coûter cher. Le corps le dit ! J’ai envie que nous n’entendions pas ici que le corps dit que nous ne devrions pas faire ce choix, mais plutôt que nous apprenions à formuler consciemment les enjeux du choix que nous nous apprêtons à faire, et à assumer le prix que nous pourrions avoir à payer. Assumer de payer ce prix est quelque chose de solennel, ce n’est pas une décision que l’on prend à la va-vite, ce n’est jamais évident, ça mérite toujours d’embrasser sérieusement le potentiel deuil à accueillir, et notre propre responsabilité dans cette fin choisie.
Il est responsable de nous engager dans ce choix si nous projetons que les conséquences de notre choix seront plus fertiles que le potentiel prix à en payer.
Alors, quel rapport avec la joie ?! Le rapport est que choisir la joie dans un monde d’humains amnésiques, torturés, humiliés, pressés, manipulés, parasités et désolés ; faire ce choix est un acte de souveraineté, un acte qui doit dire « je sais, je sens, je suis là, je ne choisis pas la joie pour fuir le pire, je choisis la joie parce qu’après maintes expériences, elle semble bien être ce qui sublime le pire ».
Je parle ici d’une joie qui ne se force pas, une joie qui ne s’impose pas, une joie qui ne se conditionne pas mentalement, une joie qui n’est pas une tentative de bluff ! Je parle d’une joie qui apparaît simplement, évidemment, doucement, tendrement lorsque j’accepte d’être humain, de vivre et de ressentir ce que c’est qu’être humain ici dans ce monde, que j’offre leurs places à la peur, la douleur, la noirceur et l’aigreur lorsque c’est elles qui viennent m’instruire, que je ne suis pas pressé qu’elles déguerpissent, et qu’alors c’est bien une joie profonde et facile qui se présente pour prendre soin de ce que je suis lorsque je ne me demande plus de fuir pour ne pas ressentir l’horreur de cette humanité ensommeillée.
Cette joie particulière n’est pas un graal qui sauve de la souffrance. Elle est l’évidence, ce qui nous reste de souveraineté lorsque nous acceptons notre sort, lorsque nous reconnaissons ce qui ne dépend pas de nous, lorsque nous acceptons qu’aucune de nos défaites ou victoires ne nous appartiennent, lorsque nous acceptons que l’instant présent est un mystère plein de toutes les émotions et sensations que je devrais accueillir, assumer, respirer et imprégner de ma créativité.
La joie, au sens noble du terme, n’est sacrée que lorsque l’horreur est reconnue, assumée et respectée.
Les bulles spéculatives de celles et ceux qui se convainquent de n’aller plus que vers la joie en emmenant leurs disciples hypnotisés par le fantasme de ne plus jamais ressentir la gravité terrestre, c’est bon, merci mais non merci.
La joie est précieuse, sacrée, divine, lumineuse. Mais pas en compensation d’une obscurité reniée et déshéritée. Nous ne sommes pas ici pour vivre au-dessus de nos aînés, nous sommes bien là pour sublimer l’héritage obscur et lumineux qu’ils nous ont légué !


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