Rien ne presse, ne laissons pas les accompagnants nous exciter,
- Romain Delaire
- 31 mars
- 3 min de lecture
Il y a plusieurs manières de cheminer. Plusieurs manières de faire l’expérience d’être humain, plusieurs manières de devenir ce que nous deviendrons.
Un bug dans notre perception des choses nous fait croire que nous pouvons passer à côté d’un destin, d’un bonheur ou d’un succès. Ce bug nous raconte que nous pouvons accélérer ou ralentir le processus de la vie, le processus de notre progression individuelle et collective.
Mais ce n’est qu’un bug. On pourrait aussi appeler ça un effet secondaire d’une aptitude qui, tant qu’elle n’est pas totalement assimilée, produit des distorsions de perception.
Comme cette préoccupation est une réalité pour beaucoup d’entre nous, les plus avides et stressés s’engouffrent dans la brèche. Nous sommes alors exposés à tout un tas de produits et services psychologiques et technologiques qui promettent de nous améliorer, de nous accélérer, de nous éviter de passer à côté du meilleur de notre destinée.
C’est une fumisterie, autant que ça fonctionne. C’est-à-dire que beaucoup nous font croire, en nous offrant leurs services, qu’ils deviennent responsables de ce qui nous serait arrivé de toute façon. Mais avec le prix à payer, que nous devenions dépendants de leurs services pour continuer d’évoluer. C’est du parasitage. C’est comme un enfant de 10 ans qui vendrait à un enfant de 2 ans qu’il faut le payer pour que le soleil se lève le lendemain.
Ces propositions surfent sur nos peurs, nos angoisses et notre inconscience du sain rythme du quotidien. A force d’être alimentées, elles deviennent réelles et addictives. Si bien que pour redécouvrir que notre réalité met toujours sur notre chemin le juste nécessaire pour aller vers nous-mêmes au bon endroit, au bon moment, il nous faut vivre une forme de désintoxication. Il nous faut laisser passer toutes les réclames qui nous menacent de passer à côté de nos succès, il nous faut vivre simplement et gratuitement le cheminement patient qui révèle la joie, le puissant et l’essentiel. Ce processus demande d’accepter de ne plus se battre contre le temps et l’espace, mais de travailler avec eux, de se mettre à leur rythme et de profiter de leur puissance.
Je jette la pierre aux alarmistes qui attisent et profitent de cette faille, mais il faut quand même nous rendre notre responsabilité individuelle. Nous nous laissons séduire par ces tentations parce que nous nourrissons nous-mêmes cette anxiété et cette défiance vis-à-vis du rythme de la vie intérieur et extérieur. Nous sommes responsables de devenir souverains du rythme qui fait du bien. C’est la première des priorités. Quand nous ne sommes pas engagés à respecter d’abord ce rythme à chaque instant, nous devenons manipulables et corruptibles. La solution est dedans. La solution, c’est la paix de l’instant, toujours, même devant les aboiements, et même en pleine acte de soulagement.
Une manière de situer la qualité de mon élan est de me sonder pour savoir si je m’offre quelque chose qui me met en joie en soi, ou si j’espère que ce que je m’offre me changera suffisamment pour obtenir ce que je convoite.
Cette introspection peut être salvatrice. Et globalement, elle est une puissante boussole pour évoluer avec joie sur le chemin de ce que je deviendrai quoi qu’il arrive.
Donc oui, les accompagnants, les coachs, les thérapeutes, les formateurs, les mentors, les chamans, les énergéticiens et les transformateurs en tous genres ne sont pas incontournable. Je crois que la manière la plus douce de considérer leur position serait de simplement assumer d’aller vers eux pour le plaisir de vivre un moment qui nous inspire. Sans chercher à se raconter d’autres histoires.
On a le droit d’avoir envie de travailler avec untel ou untel, parce que ça nous stimule, ça nous touche, ça nous nourrit, et ça sera suffisant.
L’accompagnement devrait subir le même traitement que l'art, le plaisir de s’y exposer produit quelque chose qu'il me plaît de vivre. Ce n’est ni une solution, ni un problème, mais une des propositions de la réalité que je peux m’offrir.
Et donc, à l’image d’un artiste qui nous mettrait mal à l’aise en venant nous expliquer ardemment qu’il faut aller voir son film ou écouter sa musique parce que ça nous changera la vie, les accompagnants devraient être observés avec le même discernement. C’est en soi ce que l’artiste vibre maintenant qui justifie l’envie de s’exposer à son art, et d’ailleurs pas forcément à raison. C’est pareil pour les accompagnants. Et pour continuer sur la comparaison, il est aussi important que l’engagement matériel ne soit pas trop important en proportion de nos moyens, parce que nous devons rester libres de quitter le spectacle si ça tourne à quelque chose d’inintéressant.
Vous aurez compris que je vois l’accompagnement comme un art, et à ce titre je crois qu’il devrait être la possibilité d’un moment intéressant et stimulant, mais en aucun cas la promesse d’un changement nécessaire.


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