Bienvenue dans la jungle,
- Romain Delaire
- il y a 1 jour
- 4 min de lecture
Ceux qui ont visité l’au-delà ou qui y accèdent régulièrement, comprennent les enjeux des deux facettes que nous allons, ici, observer.
Coté divin, la connaissance absolue. Une connaissance qui n’est pas principalement théorique, elle est surtout une compréhension profonde de notre nature créatrice. Quand on est de l’autre côté, on sait que nous sommes capables de faire absolument tout exister. On sait que l’enjeu est le désir, la joie, l’amour, la beauté et le don. On sait qu’on ne se donne qu’à soi. On sait que ce que l’on sème n’a vocation qu’à nous revenir. On sait qu’on a une capacité prodigieuse qui ne craint aucune limite.
Coté matière, la faisabilité définie. Nous pouvons assembler des atomes divers pour produire une infinité de formes de mondes différents. Nous pouvons faire l’expérience de nous-mêmes dans une infinité de formes et de règnes différents. C’est concret, tranché et discriminé. Nous ne sommes plus tout ce que nous pourrions être, nous ne faisons pas tout ce que nous pourrions faire. Nous faisons un choix qui exclut les autres, nous posons un acte qui exclut les autres.
Idéalement, l’humain est capable, en lui, de faire cohabiter ces deux facettes. Il est capable d’aller en temps réel de l’une à l’autre. Il est capable d’entendre tout ce qui pourrait être, en inspirant, et de choisir ce qu’il veut faire exister, en expirant. Puis, il est capable de faire l’expérience du produit de son choix, et d’appeler une nouvelle inspiration pour préciser son choix lors d’une nouvelle expiration. Cette danse enracine, raffine et sublime l’imaginaire au travers de la matière. Idéalement !
Quelque chose a brisé cette danse. Pour certains d’entre nous, ces polarités sont devenues des opposés qui ne se rencontrent que trop peu. Si bien que certains veulent rester dans la sensation de leur potentialité absolue sans agir, quand d’autres agissent à outrance sans se laisser toucher par ce qu’ils engendrent.
Ces deux postures sont intéressantes pour ceux qui les pratiquent. Pour les premiers, ils peuvent ne jamais être confrontés à leurs imperfections. Quand je sens que je peux tout, je peux me vivre être dieu qui se suffit. Et pour les seconds, ils peuvent ne pas s’attribuer les conséquences de ce qu’ils engendrent. Quand je ne suis qu’un maillon insignifiant m’afférant à faire ce qu’il faut faire sans me poser de question, je n'ai pas à assumer la responsabilité de mes actes.
Finalement, les deux camps jouent au même jeu : je ne veux pas me voir. Je ne veux pas voir que je suis ce que je fais. Je ne veux pas prendre mon temps, je ne veux pas avoir tort, je ne veux pas me perdre, je ne veux pas me trouver, je ne veux pas m’installer ici et bâtir le royaume de qui je suis.
Quelque chose nous a fait nous dégoûter de ce que nous sommes. Quelque chose nous a fait désenchanter ce monde et la matière qui le façonne.
Pourtant ici est tout ce qui existe. Au sens où ici est le miroir concret du potentiel qui se trouve de l’autre côté du miroir. Vivre ici comme si nous étions des machines automatisées, ou vivre ici comme si nous étions des dieux au-dessus de la mortalité, c’est bouder et renier ce qui est proposé.
Ces deux postures engendrent aliénation et pauvreté. Aliénation parce que pour pouvoir s’offrir une telle vérité, il faut déléguer sa puissance de penser. Il faut figer une vérité théorique et essayer de ne surtout jamais penser différemment. C’est ce que les menteurs vivent. Il faut toujours essayer d’arranger la vérité pour qu’elle concorde avec les mensonges d’hier. C’est épuisant et étriquant.
Et pauvreté, parce que ces deux postures refusent le choix. Elles prêtent allégeance à une version des faits, elles se rangent dans un camp. Dans ce cas, le choix est de jouer à ne pas choisir puisque la vérité est reconnue comme extérieure, toute tracée, et il ne reste qu’à s’y soumettre pour avoir le droit d’exister.
On vient de décrire les deux extrêmes de ce qu’en France on appelle la gauche et la droite. La gauche, c’est la pauvreté et la droite, l’aliénation. En réalité, les deux sont pauvres et aliénés, puisque de choix elles n’ont plus que celui de suivre les instructions de la paroisse qui les nourrit.
Si les temps sont aussi intenses politiquement, c’est parce que cet enjeu est, intérieurement, celui de chacun d’entre nous. L’enjeu est d’accepter de vivre dans la jungle pour ce qu’elle est, en sœurs et frères humains que nous sommes. Pas besoin de désinfecter la jungle de tous ses dangers. Et pas besoin non plus de ne pas nous serrer les coudes entre humains.
Peut-être que pour réunir ces deux facettes, il existe une autre facette de ce que nous sommes, qui n’est, à mon goût, que trop peu évoquée. Nous sommes naturels. C’est-à-dire que ce que nous sommes, ce que nous imaginons et ce que nous matérialisons est, au même titre que tout ce qui compose ce monde, la vitalité de ce monde. A l’imagine du gaz carbonique que nous expirons et qui est absorbé par les forêts, les océans et les sols, ce que nous sommes est intrinsèquement partisan de l’équilibre de ce monde. Il nous est impossible de déroger à cette règle. Nous ne pouvons pas déséquilibrer cet écosystème. Nous pouvons l'influencer, voire même le salir et le détruire en apparence, de notre point de vue, sur des millénaires mêmes. Mais dans les fondamentaux du système, ça ne change rien. Nous ne sommes que la vie qui ne peut manifester que ce qui enrichit l’expérience de la vie. Nous ne pouvons rien faire qui interdirait éternellement la renaissance de ce qui a été, est et sera possible.
Nous sommes des êtres spirituels. C’est-à-dire que nous canalisons ce qu’il nous plaît d’expérimenter. Nous sommes des êtres matériels. C’est-à-dire que nous matérialisons ce que nous imaginons. Nous sommes des êtres naturels. C’est-à-dire que ce que nous engendrons complète et vitalise l'équilibre de ce monde. Soit nous assumons la responsabilité de faire danser, en nous, cette triade, soit nous nous déshumanisons.
Voilà ce qu’est la jungle de ce monde. Un reflet divin, une opportunité d’expérimenter, et un écosystème capable de tout transformer en vitalité.


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