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Ce qui nous plombe et nous révèle,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 20 févr.
  • 4 min de lecture

Peur, inertie, tension, pression, traumas, fantasmes, croyances, superstitions, confort, dévalorisation et autres chimères.


Ça en fait des fantômes. Ça en fait des raisons de se taire, de se faire tout petit, de baisser les yeux et d'espérer que sous la couette, personne ne nous trouvera.


Mais est-ce qu’on va se laisser faire ? Oui et non !


Oui, parce que ça nous parle de nous. « Garde tes amis près de toi, mais tes ennemis encore plus près ». Vous souvenez-vous de cette réplique dans Le parrain ? C’est cette idée qui invite à ne pas chercher à éradiquer nos démons, mais à les rencontrer, les connaître, et leur apprendre à rester à leur place.


Nous avons chacun nos histoires et nos faiblesses par lesquelles nous sommes atteignables. Il y a un moment dans l’existence où être simplement lucide sur ces voies d’accès devient plus utile que de chercher à les condamner. Parce que par la même voie où on peut venir jusqu’à moi, moi aussi, je peux aller jusqu’à moi.


Concrètement, moi je suis atteignable à l’endroit où j’ai peur d’être un mauvais garçon, de faire du mal aux autres, d’être trop ou pas assez, de ne pas être à la hauteur, d’être à côté de la plaque, d’emmener ceux qui me suivent dans le mur et d’être responsable de notre malheur. C’est moi, je suis comme ça. Évidemment qu’une histoire trop longue à raconter me fait être sensible de cette manière-là. Mais cette faiblesse, je peux en faire une force. Si je ne la nie pas, que je la regarde pour ce qu’elle est, que je prends mes précautions quand le doute s'invite en moi, en communiquant, en vérifiant concrètement si je délire ou pas. Mais que je ne laisse pas ce fantôme éteindre mes élans, et que je décide d’oser quand même, d’avancer, d’exprimer, de créer en acceptant la possibilité de l’échec mais sans la laisser me contrôler. Je serais là pour ajuster, corriger et réparer si nécessaire. Plus besoin d’attendre, une perfection qui n’arrivera jamais, pour oser faire. Alors je me retrouve capable de sentir très précisément chez l’autre cette même faille, et je peux même l’aider, le renforcer et lui permettre lui aussi d’assumer sa sensibilité, ses peurs, ses délires et ses démons, mais de ne pas les laisser le dominer.


C’est un mouvement quotidien, une discipline de l'instant. Ça peut même devenir un jeu joyeux. Comme si ce démon venait à chaque fois que je me laisse tomber, me rappeler que je peux me relever. Alors, il devient un allié, je peux compter sur lui pour m’avertir de là où j'ai besoin de moi. Il devient un élément essentiel de mon hygiène.


On est loin d’un paradis équanime où je serais accompli, où je n'aurais plus besoin, ni de me mouiller, ni d'assumer de fermer des portes pour m’engager pleinement sur le seuil que je choisis d'enjamber.


Ce monde terrestre fonctionne de cette manière. Tout ce que l’humain veut éradiquer gagne en force et en férocité. Quand il accepte d’écouter, de faire avec sans se parjurer, alors un équilibre puissant prend place, et ses fantômes lui rappellent qu’à chaque instant ses choix sont cruciaux et efficaces.


Mais nous avons la tête dure, enfin surtout pour celles et ceux dont je fais partie, qui oublient une étape importante de l’incarnation. Nous sommes ici pour vivre instinctivement, jouer, ressentir, pleurer et rire gratuitement. C’est notre présence, notre simple existence qui change tout ce qui veut et doit l’être. Regardez les enfants. Ils n’ont aucun effort à faire pour rayonner ce qu’ils nourrissent dans l’instant. Moins nous avons conscience de notre importance, plus le voyage est plaisant.


Nos démons sont là pour que nous ne nous prenions pas trop au sérieux. Ils nous poussent à oser, sans nous raconter que nous aurons le dernier mot. Ils invitent à investir l’instant pleinement, mais à ne jamais croire que nous serons éternellement ni les gagnants, ni les perdants.


Gagner ou perdre n’est pas le sujet. Le sujet, c’est maintenant. Le sujet c’est d’inventer ce que je veux être, donner et prendre maintenant. Le reste me dépasse. Le reste est pris en charge. Le reste viendra à ma rencontre quand il aura besoin de mon choix pour prendre la forme qui me plaira.


Ça n’a pas besoin de faire de moi quelqu’un d’attentiste ou de fataliste. Je peux m’affairer à tous mes désirs d’humains. Je peux me confectionner des relations stables, des châteaux de sable, des voyages mémorables et des activités remarquables, c’est même de cette manière que le voyage est agréable. Et quand l’émotion, l’évènement, l’aléa et l’impondérable viennent à ma rencontre, alors je ressens, je reçois, je digère, je mature, j’affine et je plonge dans cette nouvelle proposition de dire ce que je veux être maintenant.


Tout ce qui dérange enseigne. Tout ce qui plombe peut enraciner. Renier ou attaquer ces perturbations revient à refuser les nouvelles possibilités de l'instant. Je m’élance pour aller vers ce que je suis capable de concevoir, et chemin faisant, je découvre, j’apprends, je comprends comment faire évoluer ma destination initiale, vers quelque chose d’encore plus simple, d’encore plus moi, d’encore réjouissant. Mais pour ce faire, il me faut avancer, chaque jour faire et refaire le chemin. Chaque jour m’occuper de faire concrètement quelque chose de mes mains.



 
 
 

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