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Confronte et sublime ton intimité,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • il y a 12 minutes
  • 4 min de lecture

C’était le message de fond, pour la femme venue me voir hier.


Cette dirigeante d’association internationale est engagée. Chaque jour, elle aide à ce que pour des enfants et des familles, la vie soit un peu plus douce, un peu moins rude.


Elle vient vers moi, à priori, parce qu’elle est écrasée par les tensions professionnelles auxquelles elle fait face. Une direction qui n’entend pas suffisamment les besoins du terrain, et une misère sociale qu’elle combat, mais elle sent bien que devant cette ampleur, elle n’aura jamais que l’impact d’une goutte d’eau dans l’océan.


Elle voudrait être encore plus puissante, encore plus capable de prendre le pouvoir sur sa hiérarchie et de la faire plier. Elle voudrait mettre dans l’ordre dans la société pour qu’enfin les enfants et les familles du monde entier ne souffrent plus jamais.


L’équation est difficile. La tension est insupportable. Le fantasme est épuisant.


Et chez elle ? Comment ça se passe chez elle ? Quand le costume de la cadre supérieure sauveuse de l’humanité est à mettre au placard. Quel sanctuaire est offert à la femme, à la fille et à la sœur qu’elle est ?


Justement, à la maison c’est plutôt le calme plat. Pas vraiment de conflit, mais surtout, pas de désir, pas d’aventure familiale engageante, pas de transparence ressourçante, pas d’intimité dans laquelle il n’est plus besoin de rien masquer.


C’était le centre névralgique de toute cette tension qui la consume. Madame essaie de toutes ses forces de récupérer dehors l’énergie qui se cultive à l’intérieur. Madame essaye de sauver le monde pour ne pas avoir à trouver le langage et le chemin qui la relie aux siens et d’abord à son amoureux.


Il y a des raisons à cela. Madame a peur d’être chiante, dérangeante, insatiable, instable et finalement d’être une mauvaise compagne, une mauvaise parente. Mais toutes ces peurs issues de son histoire trouvent maintenant leur réalité dans sa vie professionnelle. Comme elle essaie de protéger les siens des intenses énergies qui bouillent en elles, elle vomit cette énergie dans son travail. Parce que l’énergie trouve toujours un chemin. L’enjeu est de lui offrir le chemin le plus sain, et non pas de la maîtriser pour réussir à s’effacer.


Remettons les choses à l’endroit. Le niveau de profondeur que nous pouvons offrir à notre interlocuteur est défini par le niveau de profondeur engagé par notre interlocuteur.


Nos familles, nos proches, nos amoureux sont ceux qui engagent les plus grandes profondeurs dans le lien qu’ils tissent avec nous. C’est avec eux que l’expression et la découverte de nos profondeurs peuvent trouver écoute, soin et force.


Plus notre interlocuteur s’éloigne de ce cercle primaire, plus il est sage d’engager de moins en moins de profondeur d’expression de soi-même.


Ne confondons pas "profondeur" et sincérité ou honnêteté. Nous pouvons sincèrement et honnêtement poser la limite transparente de ce que nous choisissons d’offrir de nous-mêmes eu égard à l’engagement relationnel que nous avons avec notre interlocuteur.


Nous pouvons ouvertement et généreusement ne pas donner accès à ce qui en nous ne peut être reçu que par quelqu’un qui est intimement engagé avec nous.

Donc madame se retrouve en conflits et en difficulté dans son métier parce qu’elle essaie d’y mettre une profondeur qui n’a rien à y faire.


Ses collaborateurs, ses clients, ses fournisseurs et les bénéficiaires de son association ne sont que quelques pavés sur le chemin de son existence. Quelques pavés importants et précieux qu’il vaut la peine de respecter, mais simplement quelques pavés. Madame a accepté un contrat professionnel, elle l’honore en y investissant sa discipline et son savoir-faire, puis un jour, elle en terminera avec ce contrat pour en prendre un autre.


Sa famille, ses proches et son amoureux, eux, ne sont pas quelques pavés sur son chemin. Ils sont le chemin. Ils sont ceux qui sont là le matin et le soir, quelle que soit les défaites ou les victoires. Ils la voient comme personne d’autre ne la voit. Ils la connaissent comme personne d’autre. Ils sont le lien entre les époques de sa vie, ils seront, sur son lit de mort, ce que toutes les autres rencontres n’auront pas été.


Oui, justement, l’intensité de l’amour qui pulse dans cette intimité peut paradoxalement compliquer l'expression transparente et la sincère. Mais c’est bien à cet endroit que l’expression de nos profondeurs peut être honorée, respectée et sublimée.


Lorsque nous osons vivre cette profondeur dans l’intimité, par voie de conséquence, nos autres rôles, nos autres relations s’en trouvent simplifiés et amplifiés. Quand on n'a plus besoin de profondeur avec n’importe qui, puisqu’on la vit avec ceux qui sont directement concernés, on peut s’investir dans le monde avec joie, justesse, économie et générosité. On peut gagner et perdre pour le plaisir de jouer. Mais on oublie plus qui sont ceux devant qui nous devons nous montrer, et qui sont ceux devant qui ce n’est pas important de ne pas être profondément compris.


Le meilleur moyen d’être réellement solide et performant professionnellement, c’est de nourrir, de chérir et de faire pulser une vie privée qui rend les victoires et les défaites professionnelles intéressantes et stimulantes, mais anecdotiques et, surtout, jamais handicapantes.


Merci madame pour votre confiance, votre sincérité et le pouvoir que vous m’avez donné de vous aider.



 
 
 

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