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Discipline,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 19 févr.
  • 4 min de lecture

Se discipliner, pourquoi pas, mais par rapport à quoi ? Pour cadrer quoi ? Et pour aller où ?


Pour commencer sur le sujet, et parce que c’est un biais que j’observe très souvent chez celles et ceux qui viennent à ma rencontre, la discipline qui viserait à se contenir et séduire pour obtenir, je le crois, est à proscrire.


C’est-à-dire que là où, il me semble que, la discipline peut porter ses meilleurs fruits, c’est dans l’attention avec laquelle nous nous tenons à choisir l’honnêteté plutôt que la survie. Lorsqu’on ne se trahi pas, lorsqu’on ne s’édulcore pas, lorsqu’on ne se tord pas pour se rendre moins moche ou plus beau. Lorsque l’on ose cette honnêteté, quelque chose en soi peut immédiatement se soulager. Ce mouvement se fait au prix de donner sa liberté à cette vérité nue, maintenant libérée.


Pas forcément évident de remettre la discipline dans ce sens, parce que nos éducations et nos déformations ont pu nous inviter à nous travestir dans l’espoir d’obtenir. « Ne discute et ne remets pas en question l’ordre établi, adapte-toi, fais ce qu’on te demande et prends ce qu’on te donne », « joue le jeu de la communauté que tu veux intégrer pour être accepté, et profite de ces opportunités », « ta singularité n’intéresse pas, pas le temps, pas l’envie de t’entendre, avance et contribue comme on te le demande », quand ce n’est pas « ce que tu es est imparfait et dysfonctionnel, repends-toi, renie-toi, pratique la morale que l’on t’enseigne, et si tu as été suffisamment sage, un jour peut-être, tu auras droit de quitter ce bagne ».


Toutes ces manipulations et injonctions sont le fruit d’un ordre de la peur, de la menace et de la terreur. N’entendez pas ici que jamais il n’est utile de faire confiance, de s’en remettre à une autorité pour retrouver une base de paix. Mais en réalité, de mon point de vue, ces situations ne sont valables que dans des cas extrêmes. Et ces autorités doivent avoir l’humilité d’accueillir pour ressourcer, de ne pas entretenir de dépendance, et donc de renvoyer le patient dès que possible à ses responsabilités. Facile à dire, aucune organisation n’est parfaite, et surtout la responsabilité de sa propre existence est quelque chose d’ambitieux. Donc même de ceux qui aident, accueillent et renforcent, chaque fait comme il peut.


Cette vie n’offre aucune sécurité, pas même pour ceux qui se souviennent de leur éternité. Parce qu’ici nous sommes bien mortels, bien brisables, bien sensibles, bien vivants. C’est d’ailleurs l’intérêt de l’endroit. Vivre et ressentir ce que c’est de n’être qu’un humain. C’est tellement réel et dérisoire à la fois, que chercher à s’en remettre à un dogme pour donner du sens à cette histoire est une tentation que chacun de nous doit traverser, jusqu’à épuisement. Jusqu’à ce que cette allégeance ne soit plus perçue que comme une coquille aliénante.


Parce que Dieu ne récompense et ne punit jamais. Nous pouvons chercher à lire et interpréter ses choix, décisions, valeurs, vérités et intentions. Mais elles ne sont jamais que la projection de nos valeurs, de nos vérités et de nos intentions. Jamais que le reflet de l'endroit d'où nous nous observons.


Personne ne punit, personne ne récompense. Nous ne sommes que des consciences du fruit de nos lignées, animés d’une vie qui veut se perpétuer. Grands gagnants d’un voyage fabuleux, grands prisonniers des limites strictes qui définissent le terrain de jeu.


Sous ce regard, la discipline revient à oser impacter le présent de l’histoire, fort de notre passé, et volontaire d’investir notre rêve futur. Tout ça se passe maintenant. Il n’y a que maintenant pour se tenir, que maintenant pour choisir, que maintenant pour oser. A la fois triste fatalité, nous ne nous déferons jamais de ce qui a été, à la fois merveilleuse opportunité, ce qui a été est le creuser, et ce qui est, est l’opportunité d’en faire ce qu’il me plaît.


Cette opportunité, c’est tout le temps maintenant, à condition de se défaire des idées de fatalité de l’instant. De fatalité, il n’y en a jamais. Le décor n’ordonne jamais l’ambiance qui est impulsée. Les conditions n’obligent jamais à être plutôt borné ou plutôt mesuré. Ce choix est le mien, ce que j’ose exprimer de moi, quelles que soient les conditions, est ma souveraineté d’humain.


Ça se travaille, ça se muscle, ça se soigne, ça se prépare. C’est un choix de décider de n’être le prolongement que de ce qu’il me plaira. Et de se donner le droit de ne pas perpétuer ce qui ne me plaît pas.


Ça se façonne en osant disposer de toutes mes cartes. Du pire au meilleur de moi, à sa place au bon moment, au bon endroit. Comme si la discipline n’est pas de trier ce que je suis ou ne suis pas. Mais d’exprimer ce que maintenant je veux dire de moi, ce que maintenant je choisis, à partir de tout ce que je peux être, de mettre au monde et d’alimenter.


La voie est libre. Le passé est un tremplin, pas un gouffre. Le passé est un contexte à partir duquel imaginer et faire le pont vers ce qui pourrait être. Régale-toi maintenant, juste simplement, de déjà danser activement, les pas qui dessinent celui que tu seras prochainement. Vous dansez tous ensemble, celui que tu étais, toi et celui que tu seras. Ne leur lâche jamais la main, ils sont toi. Ils sont ce que tu as voulu, ce que tu veux et ce que tu voudras.



 
 
 

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