Divine férocité,
- Romain Delaire
- il y a 5 jours
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L’écoute, l’attention, le respect et la conscience de nos différences et de notre diversité font partie de l’intelligence de notre humanité.
Et nous sommes aussi des animaux puissamment instinctifs. Nous sommes sensations, nous sommes capacité d’agir, de percer et d’aller férocement à l’essentiel de la bonté et de la beauté.
Si notre animalité peut se retourner contre nous, ce n’est qu’en déni et en rejet de notre férocité. Si nous ne devons jamais être féroces, alors cette férocité devra s'exprimer honteusement en secret. Alors, dans l’ombre, quand les masques du paraitre deviennent trop lourds à porter, le premier pervers qui nous stimule nous fait dévisser et abuser de cette férocité pour décompenser, pour équilibrer le rejet de cette nature sacrée.
Nous sommes instinctivement bienveillants si nous honorons cette férocité. Nous flairons, nous ressentons les tensions, les odeurs, les respirations, le stress, la joie, la peur, la générosité, l’avidité, les blessures, les espoirs et toutes les postures et états d’être de nos sœurs, de nos frères et de tout ce qui compose ce monde.
Plus nous devons édulcorer cette vérité immédiatement disponible, plus nous sommes contraints de mettre entre nous et nos sensations des grilles de lectures théoriques que nous payons très cher. Autant d’intermédiaires parasites devant lesquels il faudra se prosterner, se justifier et payer pour avoir le droit de vivre, de jouir, d’aimer et de respirer.
Mais nous savons faire et être sans ces intermédiaires. Par contre, si nous osons les remettre à leur place de parasites, ce que nous sommes par nature n’est pas gentil et consensuel. Cette nature n’est pas non plus méchante ou prédatrice, loin de là, ces notions deviennent inintéressantes et dérisoires quand vient l’heure d’être, de trancher, d’aimer, de chérir, de soigner et de fraterniser.
Nous sommes puissants et intransigeants de respect et de présence à ce qui est, quand nous habitons en responsabilité notre animalité, parce que nous savons que dire non c’est dire oui à la paix, et que dire oui c’est dire non à l’abus. Notre instinct, lorsqu’il n’est plus ni diabolisé, ni parasité, est le prolongement incarné sur terre de notre divinité.
Cette divinité s’offre à des animaux humains connectés, présents, faisant corps avec ce monde et cette réalité. Ces animaux ne sont pas des poids, des boulets ou des bêtes impures à dresser. C’est l’idée qui nous a été vendue de nous méfier des animaux que nous sommes qui est à remettre en question. C’est la désertion de cette animalité qui nous rend manipulable de nos pulsions reniées.
Que nous nous sentions présents et férocement engagés à respecter et soigner nos enfants est sacré. Que nous nous sentions présents et férocement engagés à protéger, chérir et accompagner ceux qu’on aime et notre prochain est sacrément sérieux et divin.
Ce pouvoir doit être ramené à la maison, à l’intérieur, en soi, en notre sanctuaire. Je sens, je sais, dans l’instant mon plaisir, mon désir, mon respect et mon amour. Mes sensations me racontent précisément ce qui est bon pour moi et les miens. Ce niveau de réception de l’information est le niveau qui ne peut plus être parasité par les concepts de méfiance et d’auto-stérilisation.
Notre nature et notre bon sens profond suffisent. Ça ne veut pas dire que nous sommes parfaits, aboutis ou terminés. Ça veut dire que nous n’avons pas besoin de croire que ce que nous sentons et savons maintenant ne suffit pas pour nous positionner précisément maintenant, et prendre soin de ce qui nous est confié présentement. Sur le chemin, nous continuons d’affiner et de nous découvrir, mais pour le plaisir de vivre l’aventure. Et non pas pour nourrir l’espoir qu’un jour enfin quelqu’un vienne nous dire que nous sommes capables.
Nous sommes capables maintenant, tout de suite. Cette vie et ce monde ne sont pas un lieu de punition, de sacrifice et de purge de nos défauts, de nos imperfections et de nos péchés. Cette vie et ce monde sont un cadeau, une occasion de faire vivre ici la beauté et la fraternité qui ne nous ont jamais quittés.
Les cadres, les contrats, les mœurs et les traditions sont à écrire à la mesure de notre tendresse, de nos respirations et de notre bon sens. Nous sommes capables de les réinventer, de les expérimenter et de les faire évoluer à l’aune de notre expérience du terrain. C’est précieux parce que si certaines des règles qui nous ont été léguées peuvent nous apporter paix et clarté, beaucoup des petites lignes rajoutées entre-temps annulent et salissent l’essence de l’intention originelle que ceux qui les avaient rédigées souhaitent nous transmettre.
Nous n’avons pas d’autres choix que de revoir en profondeur, par l’expérience et le bon sens, ce qui fonctionne, convient et sécurise notre intimité et notre collectivité. Chacun doit oser faire du sur mesure pour lui et les siens. Chacun doit prendre cette responsabilité. De sauveur extérieur, de protecteur de nous-mêmes, il n’y en aura pas. Il n’y aura que nous qui nous responsabilisons et faisons ce qui est bon maintenant pour nous et ceux qui nous entourent, ou, il y aura toujours des malins vendeurs de déresponsabilisation qui mettront notre énergie au service de leurs ambitions.
Le désir d’autodétermination, de souveraineté sur sa propre vie et sa propre mort, sur son propre quotidien et son instant présent ne peuvent être que féroces. Il n’y a pas de demi-mesure avec le désir de paix, de respect, de soin et de fraternité. La mort, les menaces d’entraves, de complications et de punitions ne doivent plus être des justifications à nos lâchetés, nos désertions et nos divisions. Être ensemble à ramer pour cheminer est suffisant. Nous serrer les coudes maintenant pour prendre soin de nous et du monde tel qu’il est, est un honneur suffisant. Nous ne demandons rien de plus. Nous n’avons besoin de rien de plus. Personne ne peut nous voler la dignité de soigner et chérir ce qui est présentement entre nos mains.




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