Non, l’éveil n’isole pas !
- Romain Delaire
- 11 avr.
- 4 min de lecture
J'observe des discours et tendances à s’auto-convaincre que le travail sur soi, le développement personnel et pourquoi pas « l’éveil », pour les plus mégalos, entraîneraient naturellement un isolement social. Comme si la compréhension profonde de soi aurait pour conséquence de nous rendre incompatibles avec les barbares moldus qui ne seraient plus à notre niveau.
Bon d’abord « l’éveil », c’est un terme qui ne peut être utilisé que par des endormis, si jamais ces catégories existent. Nous sommes toujours plus matures que certains et plus immatures que d’autres. Et d’ailleurs, la maturité n’a rien à voir avec une notion d’aboutissement intrinsèque. Chaque forme de vie propose l’expérience d’un cycle dans lequel chaque phase est précieuse, sacré et complémentaire avec les autres formes de vie environnantes. S’incarner, c’est mettre son essence divine au service du cadre restreint de la forme de vie habitée. L’essence divine ne transgressera pas les limites de la forme de vie qui l’accueille. Son rôle est d’en faire l’expérience, de l’aimer, de faire le voyage avec elle, de jouir de n’être qu’un morceau vivant et vibrant de ce qui est.
Dit autrement, un enfant n’est pas moins abouti qu’un adulte. L’enfance est une phase du cycle de l’humain. Être bien installé dans cette phase peut permettre de compléter et de renforcer les humains qui sont dans la phase adulte. Considérer les enfants comme inférieurs et uniquement dépendants des adultes, c’est passer à côté de l’amour, de la fraîcheur, de la puissance de leur intuition et du bon sens de leurs questions et observations. Notre civilisation a ostracisé l’enfance depuis des siècles et nous commençons à comprendre que les enfants ne sont pas des charges sociales, mais bien une aide précieuse pour ce souvenir de qui nous sommes et pour recevoir une salvatrice relève. Lorsque l’humain passe de la phase enfance à la phase adulte (pour caricaturer…), ce qu’il était capable d’apporter à la communauté en tant qu’enfant, il ne le peut plus. Il est alors le moment pour lui d’apporter autre chose, et cet apport ne peut se faire qu’en s’installant bien dans cette nouvelle phase de son cycle.
Donc l’éveil et le travail sur soi, c’est pareil. Chaque phase est une opportunité d’offrir un point de vue et une complémentarité précieuse pour le collectif.
Lorsqu’un travail sur soi nous fait nous raconter que nous devenons trop évolués pour être compris, entendus et appréhendés, c’est juste qu’on commence à péter plus haut que notre cul. C’est juste qu’on croit être arrivé quelque part, à un endroit qui nous met au-dessus des autres. C’est un perchoir, un refuge pour essayer de ne plus ressentir l’intensité de l’expérience humaine. Et c’est surtout nous qui ne sommes plus capables de nous oublier pour écouter, entendre, ressentir et partager la sensibilité et la vérité de l’autre.
Si jamais il existe une forme d’alignement, de réunification harmonieuse de nos polarités, en faire l’expérience ressemblerait plus à se sentir partout à sa place. Partout en capacité de respecter et de se laisser toucher par la vie et la vérité des êtres en présence. Partout en capacité de sentir simplement ce qui nous attire, nous convient, et nous plaît de donner et de recevoir. Et s’orienter, s’investir et s’engager en fonction de cela pour le plaisir d’être soi, sans se raconter qu’il faut changer quoi que ce soit à ce qui ne nous attire pas. Souvenons-nous de l’énergie de la mère présente et détendue. Elle est attentive, réellement intéressée, gardienne et à l’écoute de l’enfant qui lui apprend sur lui autant que sur elle. C’est cette part de nous qui nous connecte réellement à nos frères et sœurs. Et non pas une hiérarchie de savoirs, d’informations et de fausse lucidité qui nous diviseraient à nouveau.
Donc sur le plan affectif, quand nous nous sentons isolés parce que trop sensibles ou trop subtils, c’est juste que nous sommes en face de notre animalité désinvestie. Et dans les milieux spirituels/dev perso, ce n’est pas très étonnant puisque ce sont des refuges pour ceux qui, à raison (en conséquences de chocs traumatiques), ont fui la violence de l’intransigeance du magnétisme terrestre. Mais comme ce à quoi je résiste persiste, on se retrouve en fait avec les mêmes schémas et systèmes d’enjeux magnétiques/sexuelles, mais qui se vendent qu’ils n’en sont pas, qu’ils ont trouvé la solution pour n’en vivre que le meilleur.
Et là, la source d’énergie s’effondre drastiquement. Parce que le ciel n’est le ciel que vu de la terre. L’humain jouit de sa divinité que lorsqu’il est un animal assumé et libéré.
Donc pour compenser, chacun y va de sa compétition détournée, business, course au pouvoir, à l’argent et aux followers, connexion aux éléments, aux galaxies, à la multi-dimensions, aux êtres de la nature et autres, pour accaparer sa nourriture énergétique comme il le peut. Parce que oui, plus on tourne autour du pot de l’intimité, plus on veut de la puissance sans se laisser intimement engagé, sécurisé et rencontré, plus il faut un volume d’adeptes à tenir à la juste distance pour leur prendre un peu d’énergie sans les laisser nous dévorer.
Quand cette harmonie revendiquée par les éveillés est réellement intégrée, nous nous retrouvons à nouveau dans la cour de l’école. Nous ne sommes entourés que de copains. Nous ne nous occupons plus des fesses et des histoires des autres, nous ne prêchons plus, nous ne cherchons plus à conquérir et à rallier à notre cause, nous ne nous divisions plus, nous allons vers ceux avec qui nous avons envie de jouer, nous nous disons que nous avons envie de jouer ensemble, nous trouvons ce qui nous amuse communément, et nous vivons nos grandes aventures ensemble.
Et oui, sur ce chemin nous nous lions, nous nous engageons, nous nous protégeons, nous nous renforçons, nous nous cajolons, nous faisons l’amour et nous nous battons pour faire exister le rêve que nous alimentons ensemble. Un rêve qui n’a besoin de l’échec ou de la destitution de personne d’extérieur pour avoir le droit de voir le jour. La concentration, l'honnêteté, la loyauté, la fraternité et l’attention avec lesquelles nous investissons et nourrissons le rêve suffisent.




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