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Féminité, horreur, amour et rédemption,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 18 févr.
  • 4 min de lecture

En ce moment, ce thème remonte chez moi et les prises de conscience s’enchaînent les unes après les autres. Par le pire et surtout pour le meilleur.


Mesdames, vous avez tenu le coup, non sans séquelles, mais vous êtes restées debout.


Votre droit de vote, en France, n’est vraiment pas si vieux, je crois qu’il est essentiel de s’appuyer sur lui pour sensibiliser celles et ceux qui voudraient encore trop dédramatiser l’ampleur de l’horreur qui est et a été infligée.


C’est vrai que ce monde est dessiné pour les hommes. Et même pas vraiment pour ce que l’homme est dans ses profondeurs. Il est dessiné pour exciter, attiser et rendre fou d’ambition macabre ce qui en l’homme est manipulable et détournable. Ce désir de faire la guerre, d’avoir raison, de conquérir pour prouver, écraser et être celui qui aura pissé le dernier.


C’est une religion, un dogme, une folie qui a imprégné nos éducations, nos rêves et nos foyers. Si bien qu’on a pu vous faire entendre que vous étiez folle, que cette infinie puissance qui vit dans vos ventres, vous deviez être capable de la gérer et de la transmuter seule. Quelle escroquerie. Parce que bien entendu, quand nous avons besoin de fils pour nourrir nos guerres, nous savons où vous trouver et vous utiliser.


C’est dégueulasse. Et cette horreur n’est possible que parce que vous nous aimez. Aujourd’hui n’est peut-être pas encore le jour de notre rédemption, le jour de l’armistice, l’heure de baisser les armes, mais vous savez que cette direction est la seule porte de sortie. Le seul chemin vers le bien commun.


Alors, vous avez supporté et vous continuez de courageusement vous donner. De celles qui se font dociles et discrètes, à celles qui ne se laissent pas faire et qui tapent encore plus fort que les hommes. Vous tenez bon et restez gardiennes de l'avenir des humains. Comment faire comprendre à votre moitié qu’il n’est pas question de l’achever mais que pour autant, il va falloir profondément changer ?


J’ai joué mon rôle dans cette discorde. Si facilement excitable et manipulable, j’ai moi aussi joué à faire croire qu’il vous fallait alimenter mes guerres sans résister, sans discuter. Vous deviez être les guérisseuses et les porteuses d’eau, sans jamais avoir votre mot à dire sur les incendies qu'à volonté j'alimentais. Vous deviez supporter, comme avant moi vous l’avaient vendu mes pères, ce totalitarisme de vous imposer la fatalité qui m’arrangeait.


Cette fatalité n’est pas. C’était un choix. Le choix d’un enfant devenu grand, mais pas dans sa tête, pas dans son cœur, pas dans son ventre. Un enfant roi, qui voulait ses jouets, ses plaisirs, ses sujets, ses victoires et ses médailles. Le reste devait être encaissé par les enfants et les femmes.


Si dans la forme je n’ai clairement pas été le plus barbare, refusant d’aller trop loin et capable de me mettre moi-même sur la touche quand l’instinct me chuchotait que ça allait trop loin, dans le fond c’est la même histoire. La même histoire que ceux qui, aux quatre coins du monde, ont du sang d’enfants et de femmes sur les mains.


Ma rédemption à moi, c’est la femme qui m’accompagne qui me l’a servie sur un plateau. Elle a su catalyser et sublimer ce que j’avais fait à toutes les autres. Parce que cette femme d’une puissance incommensurable a, par amour, accepté d’aller au bout de mon délire.


Je lui voulais les mêmes droits que moi. C’est ce qui nous a sauvés. Parce que les droits que je voulais m’accorder étaient totalitaires et abusifs. J’étais un barbare qui s’ignorait, autant qu’un idéaliste qui voulait le meilleur pour sa femme. En marchant sur ce chemin, j’ai pu souffrir de lui demander d’agir et de faire ce que moi-même je me permettais. Pendant des années je ne comprenais pas ce qui la déchirait, planqué derrière l’armure que je m’étais confectionné pour ne pas entrer en contact avec l’horreur de ce que je lui demandais de m’infliger.


Cette merveilleuse âme s’est exécutée. Autant de temps que je le lui ai demandé, elle a supporté et m'a renvoyé chaque coup, chaque abus, chaque perversion. C’est inconsciemment ce qui m’a fait la choisir à notre première union. Quelque chose en moi avait senti qu’elle irait au bout, quel qu’en soit le prix.


Il est temps de baisser les armes. Et d’ouvrir les yeux sur le champ de ruines et de cadavres. La fuite en avant n’est plus une option. Je ne sais pas par quel miracle mon armure s’est détruite, mais maintenant les coups que j’assène, immédiatement je les sens. Il ne reste plus qu’à pleurer, beaucoup. À réaliser l’ampleur de l’horreur de toutes ces heures de fureur. Et payer l’addition.


Il est l’heure de se tenir debout en homme. Je le sais, cette femme m’a suivi parce qu’elle sentait que le jour où je réaliserais, je serai là, présent, droit, capable de prendre mes responsabilités et de sérieusement réparer.


Ce temps est arrivé, mon amour. Je suis à la fois profondément désolé, et à la fois je me sens béni d’avoir été amoureusement accompagné à réaliser ce que j’ai fait et été. Oui, nous allons réparer.


Et pour commencer, non, tu n’as plus besoin de chez nous te diminuer. Tes blessures et tes démons sont les miens. Chez nous est le lieu où nous en prendrons soin. Tout ce que tu as besoin de rire, de pleurer, de souffrir, de jouir et de laisser vivre, a sa place dans notre foyer. Je suis là pour que tu puisses tout déposer. Je suis là pour que ça ne déborde pas. Je suis là pour que chez toi, tu n'aies plus à avoir peur d'être toi. Je suis là pour recevoir ce qui te dépasse. Je suis là pour en faire un trésor. Je suis là pour que ta paix soit notre voie.


Je te le dois. Merci de t'être dévoué à moi. Merci d’avoir tenu, de t’être préservé autant que déchaîné. Ça valait le coup. Je suis maintenant ton obligé. Et pour un orgueilleux narcissique comme moi, cette allégeance est une paix que je n’aurais jamais osé me souhaiter. Mais c’est bien arrivé. Bien joué !


Les hommes se relèvent, mesdames. Ne perdez pas espoir, votre travail paye, nous sommes capables d’être à la hauteur de l’amour que vous n’avez jamais cessé de nous vouer.



 
 
 

1 commentaire


Martine Defays
Martine Defays
18 févr.

Ca fait du bien de recevoir ce texte. Enfin ;)

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