L'antigravité, ou comment vibrer dans le chaos,
- Romain Delaire
- 2 avr.
- 4 min de lecture
Autant qu’une technologie extérieure, l’anti-gravité est une technologie intérieure.
Si nous ne sommes que des êtres de chair, alors il nous faut de la matière, des machines pour nous porter et nous extraire de la gravité terrestre. Mais ce mouvement reste un combat, une tension permanente qui inexorablement nous ramène sur terre lorsque le carburant vient à manquer.
Si nous ne sommes pas uniquement des êtres de chair, alors peut-être qu’une autre partie de nous répond à d’autres lois. Peut-être que la gravité cadre notre corps terrestre, mais que d’autres de nos corps n’y sont pas soumis.
Pour accéder à l’utilisation libre de ces autres corps, le corps terrestre a besoin de ne plus être considéré comme une prison, mais comme l’une de nos maisons. Il doit être investi, respecté et chéri. Il peut être honoré comme l’un des lieux dont nous avons la responsabilité.
Alors ce lieu peut devenir l’informateur d’une réalité expérimentée. Ce qui se passe sur le plan physique de la gravité terrestre est réel. Mais vivre en prison sur ce plan en n’allant jamais nous inspirer ailleurs est terriblement handicapant. Cela produit une forme d’auto-consanguinité mentale, énergétique et spirituelle.
Le corps physique est une connexion à une réalité, les autres corps connectent à d’autres réalités. Lorsque les corps se reconnaissent, se respectent et se renforcent, la perspective de la gravité terrestre prend une toute autre couleur.
Nous ne sommes alors plus soumis, tributaires et esclaves de cette réalité, mais ambassadeurs d'ici et d'ailleurs, acteurs de ce plan, et volontaires pour manifester en ce monde, la beauté, la puissance et la vérité qui pulsent dans les autres réalités que nous habitons. Ce monde terrestre redevient une flaque d’eau, et la force des océans qui vivent en nous, rend évident la possibilité d'incarner l’abondance, la diversité et la liberté qui règnent ailleurs.
La réalité et la puissance de ces océans est d’abord intérieure. Toujours présente, toujours disponible, toujours partante pour inspirer nos actes et nos pas.
L’incarnation terrestre est donc reconnue comme un jeu, celui d’oser se souvenir et retrouver cette force dans un contexte en apparence pauvre et étriqué.
Sur ce chemin, la mort doit être déjouée. Pas souhaité ou recherché, mais reconnu comme un simple changement d’état, une continuité, une évolution qui arrivera à point nommé.
Pour que la mort retrouve cette simple place, nos acquis, nos objets, nos relations, nos conditionnements et nos compulsions doivent être abandonnables. Il n’est pas question de refuser de vivre, de goûter et de témoigner de la vérité d’être humain ici et maintenant. Il est question d’être toujours d’accord pour tout quitter, si c’est maintenant le moment. À la fois vivre pleinement chaque instant, chaque goût, chaque enjeu, chaque sensation, chaque respiration, à la fois être intimement d’accord pour tout lâcher maintenant si c’est le moment.
Plus cette gymnastique est fluide, plus l’antigravité intérieure s’active. Les situations, circonstances et relations deviennent des occasions de vivre, d’exprimer, de jouer et de prendre soin. Elles ne sont plus des obligations, des contraires, des soumissions ou des condamnations.
Plus aucune autorité mal placée n’a le pouvoir de nous faire plier sous la peur de perdre des choses, des êtres ou notre propre vie. Nous sommes d’accord. Si c’est le moment, alors ce sera notre moment. Celui qui hôte la vie, celui qui détruit, celui qui donne la mort, devient celui qui libère, celui qui construit, celui qui donne l’énergie.
Je vais refaire la boucle une fois, pour que ça s’intègre bien. Il n’est pas question de s’éteindre, de ne voir plus aucun sens et de plonger dans les « à quoi bon ». Il est question de sentir et de se baigner dans la beauté en soi, à l’intérieur de soi. D’assumer les images, les mots et les sensations intérieurs qui réjouissent et grouillent de vie. Il est question de les partager en ce monde terrestre, d’y mettre notre cœur et notre âme. Il est question de choisir d’être ce que nous sommes capables d’imaginer de plus digne, de plus droit, de plus généreux et de plus respectueux. Et, il est question d’accepter notre sort. C’est-à-dire d’accepter que nous n’agissons pas pour changer les choses. La flaque est condamnée à recevoir la vie foisonnante et bouleversante des océans. Il est question d’accepter que lorsque notre corps physique aura fini de faire ce que nous sommes venus faire ici, une circonstance produira notre départ, volontairement ou non, et nous sommes prêts à la recevoir à chaque instant.
Donc ni quelqu’un, ni aucune circonstance ne nous volera l’honneur de tirer notre révérence au moment de la fraction de seconde qui nous verra quitter la flaque d’eau.
Notre vie est à nous. Notre mort est à nous. Chaque instant, chaque présent, chaque sensation et chaque choix sont les nôtres. Si nous osons la responsabilité de ces propriétés, la gravité terrestre redevient simplement l’un de nos terrains de jeu. Si nous nous souvenons que l’acte d’antigravité qu’est, par définition, la mort, n’est pas à craindre, alors nous n’avons pas besoin d’attendre de mourir pour décoller. Nous pouvons vivre ici et ailleurs en même temps. Nous pouvons faire descendre là-bas, ici, et faire monter ici, là-bas. Nous pouvons reprendre conscience de notre fonction d’ambassadeur de la vie, de la beauté, de l’amour et de la tendresse ici, parce que nous n’avons jamais été ni coupés, ni abandonnés de là-bas.


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