La relation n’est pas un lieu de perfection,
- Romain Delaire
- 18 mars
- 3 min de lecture
Entrer en relation, c’est laisser au moins deux univers se percuter. C’est vivre la rencontre d’au moins deux histoires et leurs blessures, leurs conditionnements, leurs espoirs, leurs angles morts, leurs vérités biaisées, leurs secrets, leurs doutes et leurs angoisses.
Chez les humains, la relation sert, entre autres, à vivre, résoudre, soigner et apaiser tout ça. Pas forcément directement. Dans le sens où nous ne sommes pas censés être les thérapeutes des uns et des autres, nous ne sommes pas censés n’être qu’une marche sur laquelle l’autre va s’appuyer. Ce mouvement est plutôt une conséquence collatérale. C’est-à-dire que « faire l’effort » d’alimenter une relation va automatiquement nous confronter, nous stimuler et nous faire évoluer. D’ailleurs, pour que cet effort en vaille la peine, ce n’est pas ce que la relation pourrait changer chez nous qui va nous motiver, mais simplement le plaisir d’être en contact avec l’autre.
Cette dernière nuance est ce qui peut fausser une relation. Quand nous comprenons que nous évoluons grâce aux autres, et que nous sommes, intimement, dans une démarche d’hyper désir de devenir quelqu’un d’autre, nous n’allons plus choisir nos relations pour le plaisir d’interagir, mais pour le potentiel d’évolution que nous suspectons. Et là c’est la cata, la cata, c’est la catastrophe (Cf.Les trois frères, pour les anciens).
Parce qu’alors nous devenons des robots ne percevant plus leurs interactions que sous l’angle d’opportunités d’investissements à moyen et long terme.
La dimension business n’est pas inexistante dans les relations humaines. Nous avons besoin d’assumer ce qui nous plaît et nous nourrit dans l’échange avec l’autre, comme nous avons besoin que l’autre le reconnaisse également. Mais l’émotion, l’énergie, la joie et le plaisir que génère l’alchimie d’être ensemble pèsent autant sur la balance, si ce n’est pas plus.
Dit autrement, la joie d’être en lien maintenant est au moins aussi importante que ce que nous imaginons nous pourrions devenir ensemble.
Il y a un angle sous lequel, ce que nous avons besoin de rencontrer, d’apprendre et de mettre à jour pour devenir ceux que nous serons, va venir à nous quoi qu’il arrive. Et donc, sous cet angle, choisir nos relations stratégiquement pour favoriser notre « évolution » est vain. Sous cet angle, il vaut mieux lâcher prise sur cette idée de vouloir évoluer rapidement, pour choisir la vitalité de l’instant, la stimulation relationnelle qui allume notre présent.
Si on suit ce raisonnement, les intensités, les obstacles, les enjeux et les défis qui se présentent ne sont pas liés à nos relations. Nos relations en sont parties prenantes parce qu’elles partagent notre vie, mais que ce soit avec elles ou avec d’autres, ces enjeux sont les nôtres, ces défis nous auraient trouvés dans un autre décor, avec d’autres liens relationnels. D’où l’importance de choisir les liens et les lieux qui nous plaisent maintenant. Parce que quoi qu’il arrive, nous allons être confrontés à nos enjeux personnels.
Nous arrivons à l’endroit où nous pourrions observer nos relations comme des bénédictions. C’est-à-dire que ceux qui marchent avec moi, sont en fait d’accord pour m’accompagner sur le chemin de ma rencontre avec moi. Ils sont d’accord pour être avec moi pendant que je me découvre, que je traverse mes difficultés, que je tombe, que je me relève, que je me décourage, que je tourne en rond et que je décide de me prendre comme je suis. Ceux qui sont là ne me demandent pas d’être autre chose que celui que je suis. Ceux qui sont là sont d’accord pour vivre avec moi la surprise de me découvrir comme je ne me connais pas encore. Ceux qui sont là vivent aussi cette vérité. Ceux qui sont là ne savent pas ce qu’ils seront demain. Ceux qui sont là se découvrent, se rencontrent, tombent, se relèvent et se transforment comme ils peuvent, devant moi.
La relation est faite pour ça. Pour qu’on soit ensemble à nous serrer les coudes devant la découverte de soi, sur laquelle nous n’avons que peu de contrôle. La relation est une opportunité de ne pas faire le voyage seul. Une opportunité de faire le voyage ensemble, joyeusement, chaleureusement, tendrement. Mais le voyage, chacun le découvre chaque matin. Sur le voyage, nous n’avons pas grande maîtrise. Le voyage est fait de ciels bleus, de tempêtes, de désirs, d’angoisses, de découvertes, de nouveaux mondes, de monstres et de trésors insoupçonnés.
C’est vrai qu’on va plus loin ensemble. Pour terminer, la conclusion de ces mots inviterait à privilégier la qualité de ce qui pulse entre nous maintenant. Privilégier le plaisir qui nous fait nous réunir et nous mettre en lien maintenant. Et peut-être d’oser utiliser la vérité de ce désir d’être ensemble pour nous engager, nous protéger et assumer de monter ensemble sur le bateau dont l’intégrité sera notre responsabilité, et voguer ensemble aux grès des vents et des marées qui seront le lot des humains de ce monde, qu’on le veuille ou non.


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