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La réunion de tes opposés est bien la source de ton humanité,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • il y a 23 heures
  • 3 min de lecture

Lors du live du 6 mars dernier, Adèle témoignait se sentir dans un grand écart entre peur et enthousiasme, devoir et envie, sérieux et légèreté, enfermement et liberté. Elle switch mentalement et émotionnellement de l’une à l’autre de ces polarités, ça la déstabilise et elle s’interrogeait sur l’impact que cela a sur son immobilisme.


Merci pour ce témoignage sincèrement humain, Adèle.



Effectivement, j’ai rejoint Adèle sur le rapport entre cette diversité de perceptions vécues et son immobilisme. Mais peut-être pas de la manière attendue.


Ce dont Adèle témoigne est, à mes yeux, l’essence de l’expérience humaine. Nous sommes en permanence en équilibre avec ces contraires. La gravité est toujours présente. Dans le monde, certains d’entre nous souffrent à chaque instant. Plus près de nous, certains d’entre nous sont confrontés aussi à de grandes difficultés. En nous, à chaque instant, quelque chose est touché, quelque chose meurt, quelque chose se termine, quelque chose est confronté à sa propre fin, à l’incertitude et à la peur.


De la même manière. Dans le monde, certains d’entre nous vivent la grâce, la légèreté, la joie et le plaisir. Plus près de nous, certains se libèrent, s’expriment, se relâchent, tombent amoureux, donnent la vie, grandissent et se découvrent comme ils n’auraient pas osé le rêver. Et en nous, à chaque instant, quelque chose naît, quelque chose apparaît, quelque chose a envie, quelque chose ose, donne, offre, souri, jouit, se réjouit et rêve grand.


Ces deux mouvements sont permanents. Ce dont tu témoignes Adèle, c'est, à mes yeux, d’une lucidité qui est l’endroit à partir duquel tu peux exprimer qui tu es, sans renier aucune facette de ce que tu es. C’est bien à l'endroit où nous reconnaissons que les contraires dansent en nous en permanence, que nous pouvons surfer l’un puis l’autre, puis l’un (…), sans essayer de choisir un camp pour ne plus jamais vivre son contraire.


Choisir d’oser rester à cet endroit n’est pas forcément confortable. Nous avons l’habitude collectivement de nous vendre que le bonheur, le but de nos vies est de réussir à vivre le meilleur et d'éradiquer le pire. Sur ce chemin, nous nous coupons en deux, nous nous maltraitons, nous souffrons de nous raconter que nous ne sommes pas atteints par ce que nous ressentons. Comme si ressentir était un choix conscient.


Le choix conscient, c’est de décider ce que nous voulons exprimer de qui nous sommes à partir de ce que nous ressentons. Mais nous ne choisissons pas ce qui arrive à nous et nous touche au plus profond de notre être.


Le choix d’oser rester à cet endroit, de ne pas jouer à nous désinfecter d’une partie de nous, et de nous exprimer à partir de cette danse grave et légère, est un choix de paix avec soi. Le choix de nous prendre nous-mêmes comme nous sommes, d’accepter que c’est la recette de notre paix avec nous-mêmes, et d’accepter que cela nous fait perdre le contrôle sur l'image que l'on renvoie et sur les portes qui s'ouvriront ou se fermeront sur notre chemin.


Ce choix est celui de la tendresse avec soi, et celui du lâcher-prise sur ce que ce monde fera de moi, comme je suis.


Ce choix n’interdit pas de s’exprimer, d’entreprendre, de rêver et de bâtir. Au contraire, lorsqu’on ose rester au cœur des contradictions de notre humanité, le seul moyen de vivre est celui de témoigner, celui de s’exprimer, celui d’user des moyens de communication qui nous sont les plus doux, pour dire ce que c’est que d’être cet humain au cœur de ses puissantes forces contradictoires et complémentaires qui le façonnent.


Par contre, ce choix interdit de sortir de cette danse pour aucune raison. Il interdit de se mettre à l’abri de sa propre humanité en essayant de se déresponsabiliser, et en trahissant, même pour un temps, cette danse qui ne cesse jamais, en nous, de se jouer.


Cet immobilisme dont tu témoignes, Adèle, n’est, à mes yeux, que le fruit d’une escroquerie. Celle qui te dirait de devenir parfaite, équilibrée, en maîtrise totale de ce que tu es pour avoir le droit d’oser, de créer et d’exprimer qui tu es.


Il n’y a rien d’autre à attendre. Témoigne de qui tu es à cet endroit précis, Adèle. Et offre la possibilité à celles et ceux qui ont aussi envie de ne plus se renier, de réaliser que nous sommes tous dans ce bateau qui tangue sur les flots. Et que faire le voyage ensemble, honnête de nos impuissances, et solidaire de notre humanité, est ce qui est réellement entre nos mains, et est la seule source d'une joyeuse sécurité pour la famille des humains que nous sommes.



 
 
 

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