Le patron de mon PMU.
- Romain Delaire
- il y a 6 minutes
- 3 min de lecture
Ce gars est un pilier. Corse d’origine, les yeux bleu perçant, la soixantaine passée et pas plus grand que moi donc petit.
Il tient son point de rendez-vous d’une main de maître. Certains parlent dans son dos, mais tout le monde parle dans le dos de tout le monde au PMU. Et puis tout le monde est bien content que le cadre soit solide et clair dans cette salle et sur cette terrasse qui entendent et voient nos joies comme nos peines.
Parce que les effusions ne sont jamais loin en ce lieu où chacun passe prendre sa pause, respirer cinq minutes, ou faire durer des heures discussions et rigolades parfois lourdes mais qui grâce à lui ont des limites à ne pas dépasser. Cet endroit où on a le droit de se retrouver avec soi et/ou les autres, se changer les idées, s’installer là où personne n’attend quelque chose de soi.
Longtemps, il me faisait peur. J’avais peur de lui montrer comme je le trouvais beau. Peur de lui faire sentir qu’il est important. Peur de la rigueur légitime qu’il inspire et que je fuyais. Peur qu’il me perce à jour dans mes manques, ma prétention, ma suffisance et mes feignants petits arrangements. Je découvre aujourd’hui que j’avais peur de le remercier de tout ce qu’il fait pour nous tous dans la région.
Et puis, il y a une semaine, il me dit que son petit chat est mort. Quelque chose en moi a dit « là, tu arrêtes tes conneries, tu ne le laisses pas tomber, tu ne fais pas comme s’il venait juste de dire qu’il pleut aujourd’hui. Tu restes avec lui, tu partages, tu respires, tu pleures, tu souris, tu te reconnais, et tu marches avec lui ».
Et il m’a emporté. Il m’a décrit presque trait pour trait, évènement pour évènement, amour pour amour, ce que moi aussi j’avais vécu et qui pleurait toujours en moi depuis la mort de mon chat Johnny il y a 2 ans. Au passage, bisou à toi mon beau.
Je suis redescendu de mon perchoir, je suis juste resté là avec lui, l’oreille ouverte, les yeux humides par moment, mon cœur battant avec le sien, et en un instant hors du temps, je n’étais plus le gamin qui fait le malin, mais le frère avec qui on peut se déposer. Il n’était plus l’autorité de laquelle il faut se méfier, mais l’homme que je ne laisserai pas tomber.
Merci de m’avoir rappelé combien j’aimais ma bête. Merci de n’avoir pas honte d’exprimer que la disparition d’un petit chat te dévaste, toi l’homme solide qui tient la baraque.
Merci de me rappeler qu’il faut que je m’en remette et que je fasse ce que me demande mon fils : « Papa, il faut qu’on prenne un nouveau copain ! »
C’est un honneur qu’à mes yeux et mes oreilles, tu oses te dire sans manière.
Tu ne liras sûrement jamais ces lignes, mais merci d’être là. Merci de toutes ces clopes fumées ensemble. Merci de ce café chaud et méditatif qui est un moment de paix pour moi sur ta terrasse. Merci d’ouvrir tes portes à mes petits quand ils viennent jouer, brailler, rire, chahuter et turbuler dans ta salle. Merci d’avoir été, depuis que je suis dans la région, cette figure paternelle que j’ai fuie un temps, qui m’a regardé faire le malin, tomber de haut, être perdu, tomber amoureux, être toujours perdu, trouver mes marques, me calmer et me mettre au travail. Merci pour le respect, les silences, les confessions et les sourires. Merci de tenir sérieusement ce lieu de chaleur pour ceux qui vivent et passent par cet endroit que je peux maintenant appeler « chez nous ».
Désolé du temps qu’il m’a fallu pour enlever ce balai de mon…
Mais tu es aussi un papa, et je sais maintenant qu’un papa n’est jamais pressé qu’un fils devienne ce qu’il est déjà. Un papa est là, et c’est son bonheur en soi.







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