Obsession,
- Romain Delaire
- 28 janv.
- 3 min de lecture
Ce qui obsède indique, traduit, révèle.
Le problème, c’est qu’une obsession pointe l’arbre qui cache la forêt, et que par volonté de maîtrise de son idée de soi, on veut accéder à cette forêt en évitant l’arbre en question.
On veut la fluidité, la vitalité et la lucidité, mais on ne veut pas témoigner, avouer, trancher et nous engager.
Je propose une autre image. L’obsession est le panneau qui indique le goulot ouvrant sur le monde auquel on cherche à accéder. Ce passage n’est pas évitable, et pour s’y glisser, il va falloir se faire petit, humble, honnête, humain et finalement assumer et traiter d’abord la forme par laquelle l’obsession s’est manifestée.
L’obsession est une construction à deux facettes, l’une est monstrueuse, honteuse et décourageante, l’autre est lumineuse, humaine et vitalisante. On aura compris qu’il n’est pas question d’embrasser seulement l’une des deux facettes. Soit on prend l’ensemble, on réunit les contraires et on se réapproprie la chimère. Soit on joue à bien faire, on brasse du vent, et on reste perché à mettre encore plus de folie à nous convaincre que de ce monde, nous en sommes le meilleur, et que le pire est à l’extérieur.
Notre attention est absorbée par une obsession quand ça fait trop longtemps que nous essayons de prioriser toutes les autres solutions. Quand ça fait trop longtemps que nous évitons à tous prix d’emprunter le toboggan de la perte de contrôle sur la destination qui nous attend.
C’est bien le sujet, plus le voyage est maîtrisé, plus nous ne faisons que prouver que nous savions, que nous avions raison, et moins nous apprenons, moins nous nous découvrons, moins nous nous réunissons et moins nous nous révélons.
La maîtrise n’est pas une notion à négliger. Mais elle est noble lorsque, sur le chemin des aléas qui produisent tout ce qui peut se réveiller en moi, je m’écoute, je me prends honnêtement dans ce qui monte en moi, je me montre et je m’exprime. Mais, je me tiens. Je me contiens. Je reste près de moi. Je ne me mets pas hors de moi en me polarisant et en me figeant soit dans ma perfection, soit dans mon imperfection. Soit dans ma tendresse, soit dans ma violence. Sinon je ne fais que forcer la vie à me laisser seul délirer sur ma vérité enfin vérifiée, enfin décidée, enfin terminée.
La maîtrise c’est d’aller de l’une à l’autre de mes polarités, de laisser les deux danser et de ne rien attraper. De laisser filer, de se laisser être et s’exprimer à partir de ce qui m’habite dans l’instant, de l’incarner pleinement, puis de le laisser partir. D’accueillir le nouveau présent, et d’être à nouveau le relais, le porte-parole, l’obligé de cette nouvelle vérité qui veut exister et être manifestée.
L’obsession prend sa puissance dans le fascisme avec lequel je décide de ce qui ne devra jamais passer par moi. Et comme ce à quoi je résiste persiste, pourrit et s’envenime, l’expression simple mais engagée d’un « non », d’un refus, d’un désaccord, lorsque je refuse de l’assumer, va en moi s’amplifier, prendre de la force et vouloir à tous prix exister. Ce déni va se jouer de mon autorité mal placée pour devenir une agression, un acte de violence envers l’autre ou la situation à laquelle je n’ai pas osé simplement m’opposer.
Ce qui dans l’œuf peut être respectueusement traité, peut devenir un monstre qu’alors il faudra finir par écouter, et les dégâts qu’il aura faits sur son chemin, il faudra les réparer.
Ça fonctionne de la même manière avec un « oui », une envie, un désir ou un plaisir non assumé. Me retenir de créer, de m’investir, de donner de l’énergie là où veut aller mon envie, produit le même ennui. Un monstre de frustration de ne pas avoir osé donner comme je le voulais, va foutre le bordel dans des domaines divers et variés. Comme un enfant délaissé qui ne sait pas se faire écouter, il viendra désorganiser tout ce qui est en son pouvoir pour être respecté et cadré.
Ça vaut le coup de traiter frontalement son ou ses obsessions, parce que même si sur le moment c’est oser un mouvement de pression, pousser fort, ne pas savoir combien de temps il faudra tenir, et ce qui va en sortir. Une fois le bouchon libéré, c’est l’accès à beaucoup de parts de soi, beaucoup de fluidité, beaucoup de créativité qui peut être retrouvé.
On peut faire ce chemin ensemble si vous pointez un sujet que vous n’arrivez plus à éviter. On part de ce sujet accaparant, et on remonte le fil jusqu’à l’incompréhension, le malentendu en soi qui n’a pas été vu, et dont la remise en dialogue et en expression libérera le conduit obstrué.
On fait un peu de plomberie énergétique, quoi !








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