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On partira,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • il y a 8 minutes
  • 4 min de lecture

C’est vrai que c’est réel, prégnant, intense, vivant, captivant et sacré que d’être ici, humain. C’est vrai.


C’est vrai que nos actes, nos mots, nos engagements et la tendresse comptent. Ça compte, ça change tout. Nos choix comptent. Là où nos regards se posent, là où notre attention éclaire, là où notre joie libère, ça compte.


C’est vrai qu’on s’aime très fort. On en a plus ou moins conscience pendant le voyage. On peut se battre, beaucoup, contre cette faiblesse tant qu’on n’en mesure pas la force. Au point de devenir des monstres. C’est réel, c’est possible ici, de nous renier tellement que nous alimentons les cendres de nos propres massacres. Ce monde rend cela possible.


C’est difficile ici de soigner la joie sans renier l’horreur. C’est tellement tentant de faire comme si, de fermer les yeux, de nous vendre que ce qui n’est pas dit n’est pas vrai.


Et c’est encore plus engageant d’aimer. Rester là, près de ceux qui nous touchent, nous désarment et ne nous demandent pas grand-chose. Ceux pour qui notre seule présence est racine de fraternité et d'infinies possibilités. C’est comme ça pour ceux qui nous aiment. Il suffit qu’on soit là, même pas trop, même pas parfaitement. Juste là, présent.


Et le pire, c’est que le jeu invite à l’attachement. S’attacher, se laisser attacher à ses regards, ses silhouettes, ses sourires, ses espoirs, cette candeur et cette lumière. Et ça vaut le coup. Ça vaut le coup de toutes les peurs, de toutes les insécurités, de toutes les ombres et de tous les doutes. Ça vaut le coup.


Ça vaut le coup de mettre de l’ordre. De régler ses dettes, de rester là, de vieillir pour rien, d’être le plancher sur lequel ils peuvent se lever, la paix qu'ils peuvent s'offrir, et l’épaule qu’ils peuvent mordiller et chahuter. Ça vaut le coup de regarder une femme se reposer. Ça vaut le coup de regarder un enfant jouer. Ça vaut le coup de regarder nos vieux s’apaiser.


Et pourtant. Pourtant, le fantôme du détachement est là, tout le temps. Cette voix qui chuchote : profite, c’est vrai, c’est réel, c’est puissant, tu as le temps, mais quand l’instant se présentera, tu lâcheras. Tu lâcheras tout, vie, destin, corps, femme, enfants, vieux et amis. Le champ de perception se réduira à l’infini, tu reprendras cette forme qui s’était faite discrète en arrière-plan. Tu continueras seul du point de vue de celui que tu es maintenant, et, du point de vue de l'autre, tu continueras complet comme tu l’avais seulement oublié un temps.


C’est tout le temps là, présent. Ce n’est jamais un refuge, ou tu risquerais de ne pas profiter de ce présent. Mais toujours un repère, pour ne pas oublier que ça compte, que c’est important, que ce n’est qu’une étape et qu’être ici vivant est l’occasion de faire raisonner l’honneur, la beauté, la transparence, la dignité et la tendresse. C’est ce qui te permet de ne pas te perdre. De ne pas céder aux sirènes de l’oubli, du piétinement, de la fureur, de la rage, de la haine et de la normalisation de l’horreur.


Tu danses ici avec tes démons pour pouvoir choisir de ne pas en être. Tu as fabriqué de toutes pièces le pire, et il est réellement réel, pour regarder de très près l’obscur et pouvoir, en connaissance de cause, choisir ce que toi tu veux être.


C’est une mascarade, et c’est sérieusement sérieux. C’est sans conséquences, et, chaque acte, chaque mot, chaque regard, chaque intention te projette plus profond dans tes cauchemars, ou, plus tendrement vers ton essence. Tout cela est toi, et tu peux réellement choisir de sélectionner ce qui ne passera pas par toi.


Et après toute cette danse, après ces hauts, ces bas, ces virages, ces douceurs et ces ébats, la lumière s’éteindra. Le rideau tombera. Partenaires, décors, costumes, scénarios et maquillages seront à restituer avant de quitter la salle. Il ne restera que des souvenirs, des élans, des regards, des sourires, des regrets, des espoirs, des mensonges, de la grâce et toi et moi.


Tu es là. C’est réel. Disponible à toi. Tout de toi est disponible, toujours pour toi. S’il faut faire avec les limites et les contraintes du décor, ce que tu es d’essentiel n’a aucune difficulté à venir jusqu’ici. La seule limite, c’est ta docilité. Les limites ne sont pas là pour t’impressionner, mais pour te concentrer. Le cadre te permet de savoir où tu en es, et de ne pas être en attente de quoi que ce soit pour impacter cette réalité. Le cadre, c’est ce qui permet de t’appuyer sur du solide, du concret pour conjuguer ton éternité et ta mortalité. L’énergie ne vient pas de la mise en scène, mais de ce qu’au cœur de la scène, tu décides d’inventer, d’assumer et de laisser t'échapper.


La voie est libre, que la douceur dessine nos chemins, que la folie soit notre sagesse, que la patience devienne notre science, et que la candeur ne soit plus une erreur.



 
 
 
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