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Sexualité, puissance et fraternité,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 20 mars
  • 3 min de lecture

Tu racontes que tu aimes et que tu souhaites la liberté à celles et ceux que tu consommes et pilles avant de passer aux suivants.


C’était le message à entendre pour la femme venue me voir hier.


Elle est une thérapeute sérieuse, investie et engagée à prendre soin de celles et ceux qui la consultent. Elle a su se faire un nom, une réputation et un réseau qui ne sont pas volés. Son travail est remarquable.


Pourtant, en privé, c’est comme si les principes sur lesquels elle a bâti son business n’existaient plus.


Elle ne prend pas son temps. Pour quelques semaines de folie, elle est capable de laisser tomber sa paix, son corps et les domaines de sa vie qui comptent sur elle.


Elle vient me voir parce que sa dernière histoire d’amour est en train de mourir. Ce cycle, elle ne le connaît que trop bien. Après un été tout feu tout flamme, les choses se sont rapidement refroidies. La distance, les prétextes et le vide ont pris place là où la fusion, la chaleur et la passion avaient pourtant commencé.


Comme elle s’est laissé aller à la passion dévorante, elle s’est aussi laissée aller au froid et à la distance. Mais les choses ne se sont pas améliorées. Aujourd’hui, l’histoire est en train de se terminer.


Madame emploie des mots comme, liberté, amour et générosité. Sauf que sous ces mots bien pratiques, c’est autre chose qui s’est révélé.


L’escroquerie, le vampirisme, l’abus et le pillage.


Madame ne choisit pas ses relations amoureuses au hasard. On pourrait même dire qu’il n’y a qu’un type de relation amoureuse qui peut la choisir. Celle où on se sacrifie. Celle où on se donne en pâture pour quelques instants d’oubli.


Parce que madame ne veut pas entendre parler de cadre, de limites et de besoins. Quand elle aime, il faut consommer, profiter, jouir, et puis on verra bien ce qu’il adviendra demain.


Donc elle ne peut matcher qu’avec des partenaires qui acceptent eux aussi de délirer, de se sacrifier, de se cramer, de donner tout ce qu’ils peuvent sans compter et d’espérer des miracles pour que demain ils aient les moyens de continuer à l’alimenter.


Sauf qu’heureusement ces miracles n’arrivent pas toujours. Alors c’est le retour sur terre. Le retour des besoins de chacun. La nécessité de poser un cadre sécurisant dans lequel la fragilité, la sensibilité, les histoires et les blessures de chacun peuvent être accueillies et apaisées.


Sauf que pour madame, on n’en est pas encore là. Pour madame, il fallait trouver tous les moyens de faire durer cette passion coût que coût. Ce référentiel devait être la norme.


Il a fallu que nous observions ce mécanisme de parasitage. C’est-à-dire que madame veut prendre possession d’un territoire, le consommer jusqu’à épuisement, et son seul moyen de maintenir un tel train de vie est de partir en conquête d’un prochain territoire pour à nouveau le vider de sa substance.


Ce traitement, elle l’inflige, mais surtout elle le subit. Son corps, son cœur, sa sensibilité, son histoire et son humaine doivent suivre sans broncher jusqu’à épuisement.


C’est sur ce point que nous nous sommes concentrés. Parce que c’est la responsabilité que madame m’avait confiée : prendre soin d’elle.


J’ai donc essayé de lui communiquer combien la facilité avec laquelle elle rend ses profondeurs accessibles est une violence qui ne peut que l’atteindre et la blesser au plus haut point.


Le cadre et les besoins qu’elle ne veut pas imposer, sont une invitation au pillage, au vol, au braconnage et au piétinement. La liberté qu’elle croit offrir à l’autre n’est qu’une autorisation de la consumer.


Les connexions les plus intenses et les plus profondes ont besoin, pour doucement s’épanouir, de clarté, d’engagement, de transparence et de limites toutes aussi intenses et profondes.


Ne pas se donner les moyens d’être rejeté et incompris en assumant nos besoins, nos limites et le rythme auquel fleurissent notre joie et notre sécurité, c’est laisser les autres faire ce qu’ils voudront de notre sanctuaire, de notre intimité et de notre vie.


Il n’est jamais trop tard pour remettre les choses dans l’ordre. Dans notre société, rares sont les histoires d’amour qui débutent en conscience du respect de cet ordre des choses. Pour reprendre ce chemin, il nous faut oser regarder, assumer et pleurer ce que nous nous sommes infligé. Et décider ensemble de nous protéger, de nous tenir et de nous respecter en n’utilisant plus l’autre pour compenser, décompenser et fuir le vide que nous avons la responsabilité de respecter.


Merci, madame, de votre attention, de votre confiance et de votre temps.

Je vous souhaite le meilleur.




 
 
 

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