Un point sur les notions vu en live le 6.02.26. Partie 3
- Romain Delaire
- 12 févr.
- 10 min de lecture
Anne demandait : comment communiquer sur nos enjeux pour trouver de la clarté et du soutien ? Comment discerner ce qui est porteur de ce qui ne l’est pas ?
Je suis arrivé dans l’énergie d’une femme qui veut être prise en charge, quelqu’un qui veut qu’on lui dise ce qui est bien et ce qui est mal, et qui veut se conformer à ces lois imposées pour ne pas prendre la responsabilité de se tenir, de s’écouter, de choisir, de se tromper, de recommencer et d’avancer en humaine souveraine.
Il m’est donc venu de préciser à Anne qu’il n’y a plus personne pour lui donner les bons et mauvais points, que l’enfance est terminée, enfin, le mode de contrôle par la peur et les menaces de cette époque n’est plus obligatoire. S’il est possible de chercher des guides, des maîtres, des chefs et autres leaders qui lui vendront un peu de sécurité en échange de beaucoup de sa créativité, il est aussi possible qu’Anne décide que cette créativité est ce dont elle dispose de plus précieux. Et que, si cette créativité demande un vrai travail pour peut-être un jour être sa source de sécurité, cela vaut peut-être le coup de se mettre en chemin.
Prendre ce chemin, c’est accepter d’être confronté et de trouver des solutions à beaucoup de nouveaux problèmes puisqu’il nous faut accepter de partir presque de zéro. Oui, ça peut donner la sensation de ne pas être tout le temps au meilleur endroit pour exprimer et briller de qui on est. Mais lorsque de saines fondations sont posées, et qu’il est le temps de monter sur scène, la paix de savoir que l’envers du décor est solide et transparent, offre de produire un spectacle sans pareil.
Cassandre témoignait de sa frustration à savoir très bien imaginer sa vie de rêve, mais à profondément galérer dans la réalité de son quotidien. Elle voulait mon point de regard sur sa situation.
Je suis arrivé dans l’énergie de quelqu’un qui souhaiterait être déraciné. C’est-à-dire être utilisé et manipulé en échange d’une vie qui ne la mette jamais en face de ces profondeurs, jamais en face du temps et du soin que nécessite une terre, une famille, un quotidien pour être façonné à son image, chéri des profondeurs de son être, et le reflet de ses qualités de maîtresse de maison.
Au lieu de ça, Cassandre rêve d’une vie de star adulée qui ne touche jamais le sol et qui se sent seule et frappée de l’injustice de ne pas avoir le droit d’être normal.
Comme je l’avais précisé à Anne quelques minutes avant, j’ai voulu reconnaître devant Cassandre que la vie de star c’est génial, mais quand ça commence et ça se termine pour nourrir ta terre, les tiens, ta simplicité, ta paix et ton intimité. Sinon c’est une vie d’étoile filante, qui te dévore, t’enferme et te recrache en objet ayant dépassé sa date limite de consommation.
Samia avait peur de se mentir, de se raconter une histoire pour se rassurer, mais de ne pas être en phase avec sa vérité. Elle disait vouloir se sentir précisément et savoir dire oui ou non en son âme et conscience. Elle voulait pouvoir se positionner et aussi savoir changer d’avis si besoin.
Dans l’énergie de Samia, il m’est venu la nécessité d’oser définir et assumer une hiérarchie des priorités. Tous tes choix ne se valent pas, Samia. Essayer de mettre la même énergie à se positionner parfaitement partout, tout le temps, c’est se diluer et disparaître.
On pourrait aussi le dire sous la forme « choisis méticuleusement les combats pour lesquels tu te donneras les moyens d'aboutir, quoiqu'il en coûte, et ainsi choisis les combats que tu es d’accord de perdre ».
En osant hiérarchiser l’ordre des priorités de ce qui mérite ta totale attention jusqu’à ce qui en mérite moins, de ce qu’il est sacré pour toi de soigner jusqu’à ce sur quoi tu acceptes de perdre le contrôle, tu vas t’offrir beaucoup de souplesse. Et tu pourras te repérer, sélectionner et t’investir là où ça compte pour toi, et laisser filer là où tu choisis consciemment de lâcher prise.
C’est la même idée que de dire qu’il est impossible de plaire à tout le monde. Choisis ceux par qui tu veux être vue et comprise, et donne-toi les moyens de cette qualité. Pour les autres, laisse-les voir en toi ce qu’il leur plaira. Ça ne t’empêchera de t’exprimer et de communiquer, mais si tu n’es pas comprise, ce sera acceptable.
Pour pouvoir faire ça, il faut assumer ce que tu veux et là où tu veux te rendre. Alors tu pourras faire la différence entre ce qui sert ton projet et est donc prioritaire, de ce qui n’a pas d’impact majeur sur la conduite de ton projet et qui n’est pas prioritaire.
Murielle voulait savoir comment sortir de « je sais et je vais vous le prouver », ou « je ne sais pas mais j’ai une excuse pour ça ».
Je suis arrivé dans l’énergie de quelqu'un qui voit « l’herbe plus verte ailleurs », sans mesurer le travail réalisé pour que la qualité de ce gazon ait atteint ce niveau.
Le travail, le dévouement, la persévérance et donc la maîtrise qui en découlent finissent par provoquer un effet de facilité. Tout le monde connaît ça, quand on regarde des sportifs/artistes pratiquer leur art, leurs actions sont rapides, précises et efficaces. Si on s’essaye à ces disciplines sans expérience, on réalise que la pratique n’a rien d’évident et de facile, et qu’atteindre une fluidité va demander beaucoup de répétitions.
C’est ce que nous avions besoin de regarder à travers la question de Murielle. La facilité et la fluidité sont toujours le fruit d’avoir osé accepter la difficulté et la maladresse, le temps nécessaire pour s’adapter, pour trouver ses marques et avoir suffisamment fait le tour de la question pour agir à partir d’une expérience intime profondément intégrée.
Lucie partageait son agacement et sa frustration à ne pas être écoutée, entendue et finalement obéie.
Je triche un peu dans l’énoncé de son témoignage pour entrer directement dans le vif du sujet.
Donc, au moment de poser cette question, Lucie est en contact avec la part d’elle qui n’y croit plus, qui est dépassée et qui cède à la pression, se décourage et choisit de remettre ses enjeux et responsabilités à l’extérieur. Donc ce sont les autres qui ne la comprennent pas, ne l’écoutent pas et qui lui compliquent la vie. Dans un monde à son image, tout irait bien mieux puisque Lucie a tout compris.
Ça m’a amené à évoquer le fait que l’autre est un alter ego, et non pas une machine ou un valet à notre service. Il a sa vie, son expérience, son point de regard, sa trajectoire et sa direction. S’il n’est pas là pour nous compliquer la vie, il n’est pas là non plus pour nous la faciliter. En tout cas, pas automatiquement. Cette configuration a pour délicieux intérêt que lorsque l’autre choisit de nous aider, c’est un réel moment de lien et de solidarité qu’il nous est proposé de vivre. Et non pas une évidence dérisoire.
Quand on commence à vriller sur ce sujet, c’est qu’on glisse dans la posture religieuse qui définit un bien absolu et un mal absolu. Alors il semble absurde que tout le monde n’œuvre pas automatiquement pour le bien absolu devant lequel nous nous prosternons.
Quand on en arrive là, il est important, à mes yeux, de redescendre pour se souvenir qu’ici il n’y a pas de bien et de mal, mais une multitude d’expériences et de choix possibles pour expérimenter ce que c’est d’être humain dans ce monde. Cela n’empêche pas de pouvoir discriminer ce que nous acceptons de faire entrer dans notre expérience ou non. Le bien et le mal ce n’est pas absolu et moral, c’est personnel et circonstanciel.
Pour exemple, moi, dans ma vie, il est hors de question que je laisse entrer un certain niveau de conflit et de violence. C’est ce qui me permet de dessiner une vie propice à ma sérénité, ma concentration et ce que je veux offrir à ceux qui partagent mon présent. Donc je vais disqualifier un certain niveau de tension, de pression et de violence. C’est mon choix. Ça ne veut pas dire que ces niveaux de tension, de pression et de violence sont mauvais en soi. D’autres s’en accommodent bien. Je peux même reconnaître ce que ces états nourrissent réellement chez celui qui se les offre. Je peux même assumer que je suis mauvais dans ces vibrations-là, alors que d'autres y sont à l’aise, et que c'est parce qu'ils l'assument et se l'offrent qu'ils me protègent là où moins je ne sais/ne veux pas faire. Et vice versa, là où moins j'assume le confort de ma singularité, je peux les aider pour les compléter là où ils ne savent/ ne veulent pas faire. Je peux respecter ça, et choisir de ne laisser entrer dans mon expérience que ce qui correspond à ma vitalité.
Ce monde est réellement un extraordinaire terrain de jeu. Des choix de vie très différents peuvent se côtoyer, se compléter et se respecter sans se jalouser ni guerroyer. C’est possible, à condition d’assumer soi-même ce que l’on veut ou non, de respecter le sacré de ce que l’autre décide pour lui, et donc de ne pas chercher à le convaincre de penser et d’agir comme soi.
Patricia témoignait de sa décision de ne plus se laisser dire qu’elle mérite la violence qui peut se présenter. Et ainsi de poser qu’au pire elle offre la possibilité que l’autre s’exprime, mais qu’elle n’est pas responsable de la violence qu’il peut choisir d’utiliser.
Merci Patricia de cette délimitation, de tes responsabilités, posée avec autorité. Oui, quand on demande à l’autre de nous dire qui nous sommes, nous remettons à l’extérieur un pouvoir dont seul nous-mêmes disposons. Et oui, ce pouvoir est subtil parce que l’honnêteté revient à reconnaître que nous sommes multiples. Nous sommes observables sous différents angles ; ce qui nous rend inclassables, jamais parfaitement cernables et situables. Cette multiplicité, c’est à nous de nous en arranger. C’est-à-dire que c’est à nous de nous tenir, de nous regarder pour ce que nous sommes, ce que nous faisons, et de choisir ce que nous ne voulons plus, ce que nous nourrissons, et ce vers quoi nous voulons aller.
Nul ne peut nous libérer de la responsabilité de cet équilibre. Même si nous pouvons être stupéfaits par une violence qui parfois donne le sentiment que nous n’y arriverons pas, que ce n’est même pas la peine d’essayer, qu’il nous faut nous ranger, subir et nous satisfaire des miettes.
Comme tu le poses, Patricia, on peut dire non. On peut décider que ça prendra le temps que ça prendra, mais que nous ne nous retournerons pas contre nous-mêmes pour essayer de devenir ce que nous savons que nous n’avons jamais été, et que nous ne serons jamais. C’est-à-dire parfait, à la hauteur des attentes de n’importe qui et capable de n’importe quoi.
Marius exprimait sa frustration et son incapacité à générer du business, des clients, de l’argent et plus largement de la richesse. Il partageait que pour lui le problème se situait sur sa lâcheté, c’est-à-dire sa capacité à vendre quelque chose qu’il n’achète pas lui-même ; à faire dans le « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
Chez Marius, je suis arrivé dans l’énergie de quelqu’un qui s’entraîne, se prépare, se façonne, et sait exactement quand il sera prêt à partager ce qu’il prépare.
Bien en contradiction, à priori, avec la posture de son témoignage mais, d’un autre côté, pas si déconnant. Parce qu’avec une pression collective qui nous dirait ce que nous devrions être et faire, ce que nous ne devrions pas penser et là où nous ne devrions pas nous attarder, si nous n’osons pas assumer la singularité de notre manière de faire, il deviendrait plus supportable, à court terme, de nous discréditer nous-mêmes. Préférant ainsi nous rendre, nous abandonner et nous avouer incapable d’être à la hauteur de ce que les dictats populaires prétendent être le minimum et/ou la normalité.
Ce que j’ai vu chez Marius, c’est que quelque chose en lui se moque de ces dictats. Il veut proposer quelque chose dont il est fier, quelque chose avec lequel il se sentira à l’aise et qu’il pourra assumer. Pour ça, il est d’accord de ne pas être compris par une majorité, de travailler le temps qu’il faudra, et de décider lui-même lorsqu’il se sentira prêt.
Le temps nécessaire, pour produire quelque chose avec lequel on est en phase, n’est pas compressible. On peut décider d’aller vers une destination, se donner les moyens du chemin, et assumer que nous n’avons pas de maîtrise sur le temps que cette évolution réclamera. On peut simplement témoigner de si nous sommes arrivés là où nous le voulions ou non. En attendant, nous en sommes là où nous en sommes. C’est comme ça. Nous sommes à prendre avec nos décisions et nos investissements.
Fabrice partageait sa frustration de ne pas toujours être intimement accueilli par sa femme. Et demandait qu’est-ce qui s’activait chez lui et fermait cette porte de l’intimité ?
Faire l’amour, quand ce n’est pas arraché, volé ou escroqué, c’est baisser les armes, se rendre, se donner et s’ouvrir dans un cadre qu’ensemble nous avons sanctuarisé. Ce sanctuaire est à perpétuellement alimenter. Le fait qu’on soit capable de s’y retrouver est à bâtir quotidiennement. C’est-à-dire que ce qui crée l’existence et la puissance de ce sanctuaire, c’est la transparence, l’honnêteté et l’engagement que les amoureux s’offrent et renouvellent chaque jour.
Pour me poser cette question, Fabrice, il faut ne regarder les choses que par ton angle de vue, et avoir la flemmardise d’essayer de ressentir et partager ce que vit ta femme dans ces moments que tu décris. Et cette flemmardise est le vers dans le fruit. On n’a pas envie de faire l’amour avec quelqu’un qui a la flemme de se mettre à notre place. On n’a pas envie de faire l’amour avec quelqu’un qui veut utiliser notre corps pour se distraire.
Dans l’énergie de ce couple et particulièrement de ces moments d’intimité manquée, je sentais le besoin de revenir sur les engagements qui les lient. De pouvoir les remettre à jour. D’oser leur donner une nouvelle dimension, de nouvelles directions. Qu’ils puissent se redire qu’ils se choisissent, et puis pourquoi pas d’oser augmenter leur vie commune à l’aune de la nouvelle puissance de ce choix.
Quand on se sent choisi, quand on sent la bonne volonté et la place que l’autre fait pour nous dans sa vie, là l’énergie peut circuler. On ne parle plus de séduction, de rêveries, de promesses ou de belles paroles. On parle d’actes concrets, de choix, d’une organisation qui s’adapte et privilégie cet amour que nous nous sommes déclaré. Dans ce mouvement, le discours est précieux. Quand l’autre est capable d’assumer tout haut l’amour qu’il ose exprimer tout bas, tout en alliant la parole à l’acte, alors là vous avez un cocktail d’étonnant pour que votre sanctuaire soit un lieu de paisible sécurité et de puissants feux d’artifices.


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