Addiction,
- Romain Delaire
- 10 févr.
- 5 min de lecture
Aller, on s’aventure sur ce terrain !
Tout d’abord, mes mots et propositions de piste de compréhension de soi sur le sujet n’entrent en conflit à aucun endroit avec le postulat et les solutions de la médecine occidentale et des autres médecines. Quand on cherche à éviter la médecine, d’abord on se complique la vie et ensuite on cherche à éviter de se confronter à de l’émotionnel qu’il est, à mes yeux, précieux de rencontrer. Ensuite, le courage, la discipline et la concentration qu'il faut invoquer pour se confronter à un comportement addictif et se rencontrer dans une version de soi qui ne consomme pas, ouvrent à une aventure sérieuse, engageante et précieuse. C’est une aventure qui, à mes yeux, livre une riche compréhension de soi.
Ceci étant dit, la première chose qui me vient sur le sujet est la réflexion d’un spécialiste de la médecine chinoise qui, alors que je le questionnais sur les moyens de soigner une amie, de symptômes d’hypersensibilité intense, m’avait répondu : « le corps s’adapte, le corps doit s’adapter ». Comme si son travail n’était pas d’éviter ou de combattre la maladie, mais de donner au corps les moyens de s’adapter à l’expérience. Enfin, ce n’est peut-être que mon interprétation, mais c’est par cet angle que je vais prendre le sujet. Le fil rouge de mon cheminement sera « ni ange, ni démon ; ni problème, ni solution ».
On dirait bien que lorsque nous y croyons, lorsque nous nous donnons les moyens et la discipline de nos ambitions, tout ce que nous consommons s’aligne avec la direction de notre concentration. Dit à l’envers, on pourrait dire que lorsque nous acceptons ce qui vient sans nous demander si nous manquerons, sans accumuler par peur de manquer, en marchant confiant vers ce qui fait du sens pour nous, tout ce qu’il nous plaît de consommer est un réel apport sur le chemin.
Mais un voyage vers une haute destination est long, et comporte différentes phases. Il y a des moments où nous volons presque, portés par notre plaisir d’oser notre grandeur, et puis d’autres moments plus confrontant. Ces derniers sont essentiels. Ils sont les instants où nous nous transformons, les moments où nous pouvons devenir ce qui sera capable d’atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé. Ces transformations doivent se vivre. Idéalement, plus le calme et la réception de ces phases sont engagés et volontaires, plus on ose l’espace pour la digestion, plus le passage de palier est doux. C’est précisément dans ces phases que des consommations « saines » en temps normal, peuvent devenir « malsaines ». Parce que c’est comme si dans ces phases les règles du jeu n’étaient plus les mêmes. Et donc essayer de faire comme d’habitude ne produit pas les mêmes résultats.
On pourrait parler de bipolarité. Non pas au sens pathologique habituel, mais en un sens structurel. Comme si nous étions composés d’au moins deux «soi», complémentaires et coexistant mais avec des besoins et fonctionnements différents. À partir de ce postulat, la présence reviendrait à oser prendre conscience de quelle part est maintenant là, et assumer la responsabilité de s’adapter à ses fonctionnements et besoins particuliers.
Il y aurait donc un état dans lequel certaines consommations sont réellement des apports, elles offrent des ouvertures de conscience, de la concentration, une fluidité d'expression engendrant de riches et solides productions. Et un autre état dans lequel les mêmes consommations pourraient être des empoisonnements.
Vous comprendrez donc pourquoi essayer de choisir de ne jamais se mesurer ou de toujours se retenir nous renvoie dans le même enfermement.
Pour essayer de proposer une médiane entre ces extrêmes, il me vient à nouveau cette citation attribuée à Goeth, qui m’accompagne en ce moment : C’est les yeux fixés sur la lune que nous cheminons volontiers dans la plaine. Dans notre contexte, elle m’inspire l’idée qu’en osant ne JAMAIS baisser les yeux de nos grandeurs, en osant ne JAMAIS lâcher l’affaire sur la paix, la joie et la fluidité que nous pouvons nous souhaiter, quelque soient les embûches, les obstacles et les détours, sans forcément comprendre comment, nous continuons d’aller vers ce qui nous allume. Nous rendant ainsi le voyage atemporel et énergique.
Ce qui est consommé ou non sur le chemin est anecdotique. Jamais un problème, jamais une solution. Lorsque nous nous obstinons à certaines consommations pour éviter nos vides, nos doutes et nos peurs, c’est à nous d’en prendre conscience. Et à nous d’avoir la mesure de ne pas diaboliser le produit que nous avions angélisé. Le produit n’est qu’un produit. La technique n’est qu’une technique. La méthode n’est qu’une méthode. Au bon moment, au bon endroit, l’aventure s’en trouve enrichie. Au mauvais moment, au mauvais endroit, nous nous compliquons simplement les choses.
Je crois qu’il est possible de ne plus nous cacher derrière les rigides vérités religieuses/scientifiques qui nous servaient à nous déresponsabiliser. Cette responsabilité est notre titre de propriété sur notre humanité. Nous pouvons refuser de prendre nos responsabilités et demander à d’autres de nous contrôler, de nous gérer, de nous dire ce que nous devrions faire et être au moment où nous devrions le faire et l’être. Cela permet de mettre à l’extérieur les fautes et les espoirs. Ou alors nous pouvons assumer cette responsabilité avec ce qu’elle autorise de droit de nous tromper, d’oser faire du sur mesure, de respecter nos sensations et d’être les artisans de notre cocktail personnel adapté à nos circonstances singulières.
Pour terminer, je dirais qu’un bon point de repère pour savoir jusqu’où/si nous délirons, est notre qualité de production. Quels que soient nos comportements de consommation, la qualité de notre équilibre interne peut être mesurée à la qualité de ce que nous matérialisons. De deux manières, elle peut, à mes yeux, se mesurer :
1. Le plaisir de libération de ce que nous osons exprimer, transmettre, communiquer, produire. C’est un indice de mesure internet et intime. C’est à soi de sentir l’honnêteté avec laquelle on laisse traverser, et le plaisir d’être libéré de quelque chose qui était prêt à être exprimé. Ça fait ressentir le délestage d’un poids, la nouvelle légèreté d’un espace en soi.
2. La qualité perçue par l’extérieur de ce que nous incarnons autant que de ce que nous produisons. C’est important de pouvoir demander aux personnes de confiance à quoi nous ressemblons. Est-ce que nous avons l’air d’être perchés, délirants et déconnectés ? Ou est-ce que nous semblons présents, concentrés et investis de nos responsabilités ? Est-ce que ce que nous produisons est qualitatif, utile et compatible avec nos engagements et plus largement avec le monde qui nous entoure ? Est-ce que nous prenons soin de ce et de ceux qui nous entourent ?
Oser consulter perpétuellement ces deux pôles pour nous situer et sentir comment nous équilibrer me semble être la plus mesurée et la plus précise des manières de garder l'oeil sur notre lune tout en nous adaptant sérieusement au terrain.


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