Héritage macabre,
- Romain Delaire
- 14 févr.
- 4 min de lecture
Le mot n’est pas trop fort. Beaucoup de choses se sont produites dans ce monde avant qu’on arrive, et en étant parachutés ici beaucoup d’entre nous ont été poussés à choisir un camp et à pratiquer son idéologie et ses méthodes.
Chacun s’est débrouillé comme il le pouvait, mais on dirait qu’il est temps de payer les additions les unes après les autres. Tant mieux, trop d’humains ont été violés physiquement et/ou psychiquement.
À la fois nous avons tous notre part de responsabilité, chacun devant littéralement balayer devant sa porte, à la fois il semble y avoir des sphères dans lesquelles le niveau d'inhumanité, de violence, de folie et de criminalité ont dépassé l’entendement populaire. Nous n’avons pas à porter ces horreurs. Bien qu’il soit sage d’être en mesure de discerner de quelle manière elles nous ont influencés.
On réalisait ces derniers jours avec ma femme que chacun de nous deux avait, pendant sa croissance, dû accepter une forme de solitude pour ne pas pratiquer les méthodes du camp auquel nous étions destinés.
Elle avait dû refuser de faire partie du camp des oppressés. Le camp des femmes qui subissent, doivent manœuvrer dans l’ombre, mais ne sont jamais à l’abri de l’homme qui a tous les droits sur elle, et qui est encouragé par le camp des hommes qui ne veulent pas perdre leur supériorité.
Et moi j’ai dû refuser de faire partie du camp des oppresseurs. Le camp des hommes qui ne doivent pas être touchés, changés et inspirés par la femme. Les hommes qui abusent, insultent en toute impunité, s’encourageant à les objetiser et se convainquant de ne pas les protéger.
Ce clivage est réel. Comme dans toute dictature violente et autoritaire, les oppressés qui n’ont pas eu la force de se dresser devant l’oppresseur se sont retrouvés en bien mauvaise posture. Les femmes qui n’ont pas eu la force de se tenir, et qui se sont vendues ont contribué à rendre ce système viable, s’attribuant les foudres de celles qui ne se laissaient pas faire. Les enfants qui ne se sont pas laissés tordre ont fait fusible, certains ne se sont pas relevés, d’autres sont toujours en convalescence, d’autres sont toujours enfermés. Paix à leurs âmes, paix en leurs cœurs.
Comme disait Jean-Jacques Goldman : Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt ; Aurais-je eu la force envers et contre les miens, de trahir, tendre une main. C’est bien ce qui nous est arrivé à nous aussi. Nous sommes bien nés dans un contexte qui ne réalisait pas son horreur et ses inégalités. Poussés à rabaisser nos femmes et nos enfants, pour jouir de nos anecdotiques victoires, de nos jouets, et entre hommes se gargariser. Convaincus que nos femmes étaient des animaux différents, qui devaient supporter et s’estimer chanceuses de l’enclos qu’on leur avait délimité.
Les horreurs sont révélées les unes après les autres. Et s’effondre un château d’actes macabres bâti depuis des siècles et des millénaires. Si les anciens n’ont pas légué que du sale, à nous de ne pas perpétuer le vice dont ils ont fait preuve en nous demandant de nous adapter à l’inacceptable.
Nos femmes et nos enfants sont nos trésors. De leur joie et de leur sécurité dépend la santé de nos foyers. S’il est possible dans ce monde détraqué d’obtenir des jouets et des médailles sans avoir à d’abord être leurs serviteurs, c’est parce que des anciens ont flippé, et se sont donné les moyens de les ostraciser.
Pourtant la vie est vide et fade, si ce que nous pouvons faire de nos mains n’a pas pour destination de réchauffer, d’enrichir et de faire sourire nos protégés.
C’est d’ailleurs de cette manière que le pire est arrivé. Quand vous gavez de pouvoir et de matière des êtres qui ne sont pas au service de leur lignée, il ne leur reste qu’à brûler, détruire, salir, violer et tuer pour essayer d’à peine approcher l’intensité de ce que le bonheur d’un foyer sait révéler.
Pas toujours évident de laisser tomber les acquis auxquels nous ne sommes pas forcés de renoncer. D’autant plus que pour un homme, faire sa place chez les hommes n’est pas une promenade de santé. Mais il est essentiel de réaliser qu’entre décider de se mettre sous pression pour prouver, et ne pas avoir d’autre choix que de survivre aux coups, à la violence, au mépris, à la ségrégation et aux inégalités, les enjeux entre hommes, femmes et enfants ne sont pas comparables.
Nous avons nous les hommes été dopés à l’intensité, à la performance et à la combativité pour servir des projets bien trop éloignés de nos terrestres intérêts. Si le courage, la concentration et la combativité font bien partie de nos qualités, ce sont nos femmes et nos enfants qui peuvent nous dire où, quand et comment ces qualités peuvent être mises au service de notre dignité. Quand ce ne sont pas leur sécurité, leur joie et leur paix pour quoi nous nous affairons, nous devenons des bêtes idiotes, corvéables, manipulées par de sombres destinations.
Pour rétablir l’équilibre, des années de soin, d’accueil et de générosité doivent être décrétées. Les oppressés doivent être à l’honneur, sans que les autres ne quittent leurs responsabilités, mais la priorité doit être à écouter, s’excuser, réparer et sécuriser avec autant de courage et de force qu’il nous sera demandé.
Je parle d’homme et de femme parce que je suis hétérosexuel, mais il est ici question de tendresse, de soin, d’allégeance et de sécurité qui ont le droit d’être les priorités dans les foyers qui nous accueillent et nous façonnent, qu’importe de quels sexes ils sont composés.
À l’enfant que j’ai été, aux femmes d’hier et d’aujourd’hui, à ceux qui tiennent coûte que coûte, aux enfants qui ne se laissent pas faire, à ceux qui trouveront la force, à celles et ceux qui sont partis sans avoir pu être aimés, reconnus et réhabilités. Que dans l’éternité vous soyez entendus et écoutés. Que vos cœurs inspirent et transmettent les forces dont nous avons besoin ici pour faire de ce monde un endroit où l’humanité se tient debout, soigne et respecte tous les siens.
Force, courage, discernement et tendresse à toutes et tous.



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