L’argent,
- Romain Delaire
- 25 janv.
- 4 min de lecture
Aller, on en parle,
Vous avez le droit d’en vouloir, et beaucoup si ça vous plaît.
Est-ce que ça peut être une finalité ? Jamais.
Une facilité ? Absolument !
Un moyen ? Évidemment !
Un marqueur, un indicateur, un point de repère ? Oui, pas exclusif, mais incontournable.
L’argent révèle, et finalement il enseigne. Si on ose le respecter, il peut soigner.
La condition étant d’oser respirer et traiter l’émotionnel qu’il génère, les compulsions qu’il soulève et l’ambition qu’il nourrit.
Parce que l’argent offre le choix. Et le choix vient viscéralement confronter la responsabilité. C’est pourquoi beaucoup d’entre nous préfèrent le fuir, réduisant mathématiquement leur champ des possibles, et s’offrant la possibilité de mettre le choix à l’extérieur d’eux-mêmes.
« Je n’ai pas les moyens, je n’ai pas le choix. Je prends ce qui est choisi pour moi. Ce n’est pas de ma responsabilité, je n’ai pas les clés de ma condition, il me faut séduire l’extérieur, pour que d’autres prennent les responsabilités des choix que je ne fais pas. Je prendrai ce qu’on me donnera. De toute façon, j’ai intégré que ce que je pourrais vouloir est mauvais. Autant que je m’oublie, que je disparaisse au travers des choix de ceux qui savent pour moi, mieux que moi ».
C’est intéressant de se rencontrer soi avec peu d’argent, comme c’est intéressant de se rencontrer soi avec beaucoup d’argent. Ce qui ne change pas d’une condition à l’autre nous révèle ce que nous sommes au-delà des apparences. Je l’ai fait. J’ai expérimenté les deux extrêmes. Par curiosité, par solidarité, pour savoir de quoi les uns et les autres parlent réellement. Pour apprendre que l’argent est disponible, mais pas vital. Pour apprendre que l’argent peut me servir, mais que je sais aussi faire sans.
Donc l’argent offre de pouvoir assumer de choisir ce que je veux, ce que je nourris, ce à quoi je donne vie. Et par conséquent, il offre d’assumer ce que je ne veux pas, ce que j’appauvris, ce à quoi je ne donne pas la vie. Et ce verso de la pièce n’est pas anodin. Il est la clé de voute de cette histoire. Jusqu’où puis-je assumer de ne pas donner, de dire non, de regarder droit dans les yeux celui à qui je dis que je ne veux pas lui donner d’énergie, que j’ai les moyens, mais que je choisis à partir de ma pleine partialité, ma pleine responsabilité, ma prétention à assumer ma souveraineté, que ce n’est pas lui que je choisis.
La philosophie, l’idéologie, la recherche de la vérité, de l’équilibre et de la neutralité sont des notions qui à cet endroit ne peuvent plus rien pour nous. Mes choix sont mes choix. Je perds du temps, de l’énergie, de l’honnêteté et de la dignité à tenter de justifier mes choix par une ligne de conduite qui tendrait vers le bien plus que le mal.
Pouvons-nous, ici, être honnêtes et responsables ? Moi, Romain Delaire, je pourrais être capable de mettre à jour une ligne de conduite financière qui soit fondamentalement saine ?
Je n’achète justement plus ces conneries. Elles sont trop coûteuses, trop appauvrissantes. Elles me hurlent de demander aux miens de baisser les yeux, de se faire petit, de ne rien bouger, de ne rien changer, de revoir toujours à la baisse leurs ambitions, et de s’excuser de la gêne occasionnée.
C’est dorénavant hors de question. Les idées et les envies de ma femme et de mes petits sont joyeuses, créatives et ingénieuses. Moi je le vois, moi je le sais, moi je suis témoin de combien leurs idées et leurs instincts produisent bonheur, douceur et richesses tout autour de nous. Si moi, qui suis le témoin intime de cette vie qui pulse chez moi, je ne sanctuarise pas cela, qui le fera ? Le respect que je leur porte veut que je leur rende disponible les moyens de leurs ambitions. C’est mon ambition. C’est mon choix, c’est mon plaisir, c’est la mission que j’aime m’attribuer, c’est mon petit bonheur à moi.
Ce décret, ce contrat que je rédige et me signe à moi-même, c’est le code source de ma vie que j’ai le droit d’encoder. C’est la règle de mon monde que j’ai le droit d’écrire. C’est la puissance de me dessiner un rêve excitant pour moi, que j’ai le droit de m’offrir.
L’argent chez nous ne sera plus une raison de nous tenir ou de nous limiter. Nous n’avons plus besoin de nous cacher derrière lui. Les raisons de nous tenir et de nous limiter seront le respect de notre douceur de vivre. Le respect de la qualité de nos liens, le respect des besoins de chacun, le respect de la sérénité de chacun d’évoluer dans un endroit vivant, à la fois havre de paix et laboratoire grouillant de nos élans, de nos rêves, de notre tendresse, de nos amusements et de nos entreprises.
Comme j’ai ce droit, tu l’as aussi. Tu as aussi le droit de te sonder profondément, et de mettre à jour, pourquoi pas sur papier, ce qui pour toi inspire une vie dont les limites peuvent relever de ta pleine responsabilité.


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