L’autorité,
- Romain Delaire
- 2 févr.
- 3 min de lecture
Pour commencer, je crois qu’il faut parler d’équilibre, c’est-à-dire de responsabilité quant à l’intégrité d’un ensemble, quel qu’il soit. Notre propre corps, l’organisation de notre journée, celle d’une famille, d’une ville ou d’une entreprise.
Les sous-éléments d’un ensemble dépendent les uns des autres. Être à l’âge adulte, c’est être pleinement responsable de l’équilibre des sous-éléments de l’ensemble « mon corps », « mon esprit », « ma journée », « ma vie », « mon énergie ».
Et puis, l’expérience produisant ses fruits, l’autorité développée avec laquelle nous aurons osé respecter l’équilibre de ces ensembles dont nous sommes responsables, nous offrira de prendre la responsabilité d’ensembles de plus grandes envergures. En général, d’une famille, d’une équipe, d’un projet…
Le problème, la limite, l’obstacle qui peut se présenter sur ce chemin, relève d’un ou plusieurs sous-ensembles que nous n’avons pas la lucidité ni la force de cadrer, de limiter et finalement de respecter. C’est dur à exprimer de cette manière, parce que le filtre conscient a l’intention de faire particulièrement attention à ce par quoi sans immédiatement le réaliser, nous nous laissons déborder.
La peur de mal faire avec nos enfants peut nous faire les laisser prendre une place qui ne leur servira pas. La peur de mal faire avec notre conjoint peut nous laisser prendre sur nous quelque chose qui déséquilibrera l’harmonie de l’équipe. La peur de reproduire un schéma, la peur d’être vue de telle ou telle manière, la peur de devenir ce qu’on déteste… Toutes ces obsessions que nous souhaitons vigoureusement éviter, éloigner et éliminer prennent insidieusement le pouvoir et nous font alimenter le contraire de ce que nous souhaitons consciemment engendrer. C’est tristement, par sincère volonté de soigner, qu’il est possible indirectement d’abuser et de m’abuser.
Parce que oui, quand je ne pose pas ma limite, d’abord je prends sur moi. C’est-à-dire que j’abuse de moi. J’abuse de ce ou de ceux qui sont sous ma responsabilité et à qui je demande de porter un poids qui ne les concerne pas. Et d’autre part, je laisse un autre qui dépendant de moi, empiéter sur l’espace de ma paix et de ma responsabilité de garant de l'ensemble. Indirectement, par le vide que je n’occupe pas, je l’abuse. Je lui laisse croire, je le laisse se raconter une histoire qui va lui donner l’impression que c’est normal et possible de reproduire le même schéma avec d’autres que moi. Et là, dans un autre contexte, avec une/un autre qui n’aura pas la même fragilité/peur que moi de faire respecter ce qui est sous sa responsabilité, ça prendra le temps et les conflits que ça prendra, mais le mien, celui à qui je n’ai pas posé la limite, finira par réaliser que je ne l’ai pas respecté, que ça ne marche pas comme ça. Par manque de lucidité, d’autorité et finalement par lâcheté, j’aurais laissé se dérégler et se détériorer un ensemble qui était de ma responsabilité. Et j’aurais mis en difficulté celui devant qui je n’ai pas exprimé mon choix, mon besoin et ma vérité. Celui que je souhaite pourtant le plus respecter.
C’est un abus par démission. Un abus par désertion. Un abus par déresponsabilisation.
Difficile de faire machine arrière quand le cancer s’est répandu au-delà de certaines frontières. Pourtant, lorsque les conséquences de nos comportements, au départ innocents, révèlent très clairement un dérèglement qui, pour l’ensemble, devient inquiétant. C’est toujours de notre responsabilité de mettre en œuvre ce qu’il faut pour réparer. Prendre le temps, diagnostiquer, repartir de zéro si nécessaire, poser en conscience un nouveau cadre, de nouvelles règles, et rester attentif aux conséquences de cette nouvelle expiration.
Il n’y a pas de pauvreté ni de précarité sans le schéma que je viens de décrire. Si certains sujets, certains domaines de vos ensembles sont obsédants de souffrance et de difficulté, c’est que vous pratiquez précisément l’abus que je viens d’énoncer.
C’est mon métier de le cerner, de prendre le temps d’observer par où ce dérèglement s’est immiscé et jusqu’où il est implanté. Et ensuite de faire remonter le courage et la force de se réorganiser pour que l’énergie de l’ensemble dont vous êtes responsable ne se dilapide plus et puisse à nouveau nourrir les parts en carences qui payent le prix de vos désertions. Je peux faire ça pour vous parce que je le fais pour moi. Si je ne le fais pas, je suis à plat, errant sans énergie à la recherche d’un sauveur, d'une technique, d'un produit ou d’un évènement miracle qui réglera mes problèmes à ma place.


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