La sensation, L’instinct, la précieuse révélation,
- Romain Delaire
- 6 févr.
- 4 min de lecture
La sensation que l'instant ne sonne pas harmonieusement. L’impression que quelque chose manque, n’est pas dit, pas suffisamment précis, limpide ou simplement questionnable, discutable. Le sentiment d’une tension, d’une distance, d’une résistance, d’une méfiance, d’une précaution entravante.
Toutes ces informations, qui peuvent être des micro-perceptions, des fractions de seconde pendant lesquelles nous percevons des dissonances, des manifestations qui suggèrent des différences entre ce qui est ouvertement exprimé et ce qui est fait ou acté. Ces signaux sont des opportunités d’accéder au monde de la réalité.
Pas un monde réel au sens où nous aurions accès à ce monde plus que n’importe qui, le monde réel au sens où si nous osons faire confiance à ces sensations, suivre leurs indications pour poser des questions, demander des précisions, des explications, s'engager à réunir le sens du mot et le sens de l’acte, alors devient accessible un état de clarté sur où nous en sommes et comment nous rendre là où nous souhaitons aller. Oser suivre ces intimes indications, c’est s’offrir une réalité qui évince les flous, les doutes, les arrangements bancals et les tentations de jouer au hasard, ce qui relève de notre responsabilité.
Ces pistes, ces sensations, ces propositions de lever le voile sur le cœur de nos profondes envies, intentions et dispositions, sont accessibles à tous. Pour peu que nous préférions une réalité brute, sans concession, sans fantasme, sans illusion, sans espoir de miracle, sans déresponsabilisation.
Parce que suivre ces pistes, c’est se retrousser les manches, et ne jamais savoir dans quels méandres on s’engage. Jusqu’où la piste nous mènera-t-elle ? A quelle vérité, à quelle alliance, à quel désaccord, à quelle réunion, à quelle séparation, à quelles nouvelles dispositions ?
Ces pistes ne tiennent pas compte de nos idéologies, ni des forces avec lesquelles nous souhaitons que notre monde et nos relations soient teintés d’une manière ou d’une autre. Ces pistes sont sans merci, elles révèlent ce qui est réellement possible, disponible, accessible, fonctionnel, et donc ce qui est de l’ordre du fantasme, de la projection, de la mise en scène, de l’image d’un possible qui n’est pas présent.
Paradoxalement, suivre ces pistes pour ce qu’elles sont, accepter de poser les questions, prendre le temps et l’espace de mettre au clair ce qui n’est pas encore limpide, peut finir par nous offrir d’accéder à quelque chose d’encore plus intéressant. Dit autrement, lorsqu’avec honnêteté nous sommes d’accord pour nous occuper du pire, si c’est ce qui appelle notre soin et notre attention, alors il devient possible que le meilleur arrive. Il se présente rarement exactement comme nous l'avions imaginé, mais toujours avec une justesse et une simplicité qui stimulent enthousiasme et créativité.
Ce qu’il y a à accepter aussi avec les sensations, c’est qu’elles ne prennent pas de congé. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, elles peuvent venir nous activer, et demander à ce que notre présence, notre attention et notre soin soient particulièrement dédiés à un sujet qui en nous vient nous chercher.
Si pour avoir l’esprit et le cœur léger il est nécessaire d’honnêtement suivre et éclaircir les sujets que les sensations soulèvent, la manière avec laquelle nous nous engageons sur ce chemin fait toute la différence. Parce que la sensation n’est pas juste une énigme à résoudre, elle est un état d’être à laisser nous rencontrer. Et ce mouvement ne peut pas être précipité. Il n’est pas forcément question de tout abandonner pour éclaircir un sujet, mais la disponibilité que nous engageons à nous concentrer est la clé. Si je suis d’accord pour écouter, pour entendre, pour laisser venir à moi ce qu’il me manque pour avoir une vision limpide de la situation observée, de ce qui me concerne et que je dois assumer, et de ce qui ne me concerne pas et qu’il me faut respecter, alors il est possible d’être enseigné, de recevoir la mise à jour à laquelle la sensation m’invitait.
A ce stade, on doit pouvoir parler d’instinct. C’est-à-dire que pour reprendre la citation attribuée à Goethe « Les yeux fixés sur la lune, nous cheminons volontiers dans la plaine », les sensations, c'est l'instinct qui signale les rochers, les arbres, les cours d’eau et toutes les autres aspérités de la plaine qu'il faut cerner pour ne pas être bloqué en chemin. C’est l’instinct qui indique, dans le présent, comment adapter notre manière de cheminer à la singularité du terrain.
Il n’est pas nécessaire de chercher à anticiper ces aspérités, et d’essayer ainsi d’avoir une vision complète du terrain. En faisant ça, nous dépenserions une énergie faramineuse qui fatigue au plus haut point. La lune symbolise ici la grandeur qui, lorsqu’on ose la choisir comme guide, nous rend possible d’oublier que peut-être il nous faudra marcher loin et longtemps, car si c’est pour nous offrir une réalité magnifique, nous sommes d’accord d’être, de faire, d’apprendre et de devenir. Ce focus sur cette direction chéri est la sève d’un voyage sans manque d’énergie.
Soyons donc présents à nos sensations, à notre instinct et à notre sensibilité pour entendre à point nommé là où nous devrons nous adapter, tout en gardant toujours un œil sur la lune, toujours un œil sur la grande direction qui fait sourire nos cœurs. D’accord pour prendre un détour et m’adapter au terrain, mais pas d’accord pour marcher à rebours et pas d’accord pour qu’on me fasse croire que ce qui allume mon chemin et me fait marcher léger, n’est pas la direction que je devrais emprunter.
Cette attention à l’instinct, à la sensation, c’est entre autres ce que je cherche à affûter chez vous quand vous venez me consulter. C’est cette boussole qui vous est intime, singulière et personnelle, qui, lorsque vous en reprenez les commandes, vous permet de naviguer de vos propres ailes. Plus besoin des vérités marquées dans le marbre, plus besoin des morales populaires. Notre rêve, notre lune, et notre instinct, nos sensations, sont les seuls outils nécessaires à l’établissement de notre paix ici-bas, sur terre.


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