Allez toucher votre héritage,
- Romain Delaire
- 30 janv.
- 5 min de lecture
Merci à cet homme venu me voir hier pour ce rappel fondamental.
Alors, où qui faut aller pour toucher le virement ?
Réponse chiante : en soi, dans votre sang, dans votre savoir-faire inné, ou plutôt automatiquement mimé d’abord puis maîtrisé ensuite grâce à l’exposition aux figures de références à partir desquelles vous vous êtes construit.
Il y en a forcément, parent biologique ou non, frère, sœur, tuteur, animateur, entraîneur, professeur, mentor, artistes et autres humains que vous avez admirés, copiés et intégrés.
Puisque cet héritage, cette puissance, ce savoir-faire sont disponibles, qu’est-ce qui peut bien bloquer lorsque j’ai l’impression de ne pas savoir comment me mouvoir, communiquer, donner et prendre ce dont j’ai besoin pour me sentir bien dans ma vie ?
« La tête de cochon ». Pour ceux qui ne connaissent pas cette expression « faire sa tête de cochon », on peut aussi dire « bouder », « manipuler », « prendre en otage » ou encore « faire pression pour avoir le dessus, au prix de la transparence, de l’honnêteté et de la santé de la relation ».
Donc, quand je veux prouver que j’ai raison et/ou que je maquille mon émotion, je mets en scène des situations mensongères pour justifier qu’on se range à ma position et/ou qu’on ne perçoive pas mon impuissance. En niant mon impuissance, je me coupe de ma puissance. J’alimente un cancer. J’utilise mes cellules pour produire quelque chose qui détruit mon organisme.
L’homme venu me voir hier est devenu un expert dans un certain nombre de domaines. Mais son expertise est devenue une bible, un tableur Excel qui lui permet de livrer les réponses aux questions qu’on lui pose à partir de données froides, validées par d’autres et réchauffées au micro-ondes. Cela produit du stress chez lui. Il sent qu’il n’apporte rien. Il sent que ce qui passe par lui n’est pas transformé par lui. Il a des réponses à toutes les questions, mais au passage, lui ne se sert pas. Au passage, lui ne dit pas qui il est, et donc il ne peut pas inspirer ceux qui le sollicitent à exprimer qui ils sont. C’est con, parce que c’est son job, ou au moins c’est sa prétention, sa revendication et son slogan.
J’en fais des caisses pour le divertissement de cette lecture et qu’on comprenne ici la mécanique du système que nous pratiquons tous à plus ou moins haute dose. Monsieur est venu me voir pour que justement on s’occupe des endroits où il est emporté par ces automatismes, mais bien évidemment il n’en est pas toujours esclave.
Donc, chez cet homme, l’obstacle qui prédomine à ne pas trop se montrer, c’est que s’il osait plus impacter ses productions de sa singularité, il lui faudrait accepter d’user des talents de son père. Et ils sont nombreux, le cochon (décidément). C’est pour lui encore compliqué à assumer. Parce qu’en prenant le parti des complaintes de sa mère, monsieur a décidé d’entrer en guerre contre son père. Ce qui est fragile, c’est que cette guerre est autant dédiée à protéger sa mère, qu’à protéger son père de la violence de sa mère. Oui, on fait ce genre de choses, nous, les humains.
Donc monsieur doit choisir, ou se choisir plutôt. Et pour ça, il a besoin d’oser faire la part des choses. Les talents de ses parents brillent dans ses mains. Mais pour pouvoir en user, il faut honorer ce qu’ils en ont fait. Reconnaître que lui aussi en dispose et oser en faire autre chose. Au passage, la cerise sur le gâteau est de reconnaître que si lui n’a pas envie d’en faire exactement la même chose, c’est parce qu’eux lui ont montré où cela menait de faire les choix qu’ils ont faits.
Ce qui nous rend prodigieusement heureux, nous les humains, c’est d’être fiers de ce qu’on nous a transmis, de prendre le relais des enjeux familiaux en utilisant les méthodes et la marque de fabrique de son clan, et d’entreprendre ce que ceux avant nous n’ont pas eu le temps, la force, la lucidité et la possibilité de réaliser. Quand cette vision devient chez vous limpide et assumée, vous devenez des monstres de travail, de précision, de courage et de créativité. Je vous le souhaite sincèrement.
Vous savez à quelle porte toquer si vous en voulez !
On va prendre un cas théorique et bien caricatural pour que tous ceux qui veulent rejeter leurs parents en bloc puissent en avoir pour leur temps de lecture.
Imaginons que je sois le fils d’un sérial killer (un quoi ? UN SERIAL KILLER ref…). Le daron bien dégueulasse, bien déviant, horrible, qui a perdu le sens de la fraternité depuis toujours, esclave de ses pulsions hardcore, précis et rigoureux dans le mode opératoire de ses horreurs.
Le gars qui comble votre voyeurisme devant « Faites entrer l’accusé » quoi !
Donc ce gars est mon père.
Je peux être terrifié d’être son fils. Je peux développer une peur profonde de ma nature, nourrir une méfiance obsessionnelle de mes envies et élans, scrutant presque en permanence, par quel endroit va surgir chez moi cette nature horrible et dégueulasse qui coule dans mes veines.
Dans ce cas, je suis perdu. Je dois demander à l’extérieur qui je suis, et pour vous la faire courte, je dois trouver une voie, une idéologie, une religion, une tradition qui me promette de me purifier, de prendre le dessus sur ma condition et de m’offrir la rédemption.
Ou, je peux pleurer et vomir ce qu’a osé être mon père. Je peux faire ce qu’il m’est nécessaire pour comprendre ce qui a motivé ses choix et ses actions. Et je peux reconnaître que je ne suis pas lui. Que rien ne m’oblige à faire les mêmes choix que lui. Mais, ce que j’ai appris en étant exposé à lui m’est familier et disponible. Je peux décider d’activer ces talents, et les mettre au service d’une vie digne de ce nom. Quels sont ces talents ? Je sais être un chasseur, je sais flairer ma proie, je sais être patient, je sais prendre mon temps, je sais montrer ce qu’il faut montrer pour obtenir ce que je viens chercher, je sais me délecter des prises de ma chasse et jouir d’être capable de subvenir à mes besoins.
De tels talents peuvent faire de moi un compétiteur, un enquêteur, un protecteur, un leader, un aventurier et autres rôles que je peux incarner pour mettre ce qui coule dans mes veines au service d’une vie qui fait du sens pour moi, et qui respecte mes valeurs et ma spiritualité.
Voilà comment on se fait un méga virement à soi-même. Voilà comment on déverse dans son existence un pouvoir qui ne s'achète pas. Le pouvoir d’être en phase avec son sang, avec sa nature, son instinct, ses besoins, ses plaisirs et ses élans.
Merci Julien Lhuissier


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