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Relation et transformation,

  • Photo du rédacteur: Romain Delaire
    Romain Delaire
  • 11 févr.
  • 6 min de lecture

L’homme venu me voir hier témoignait de souffrantes difficultés dans le couple qu’il forme avec sa compagne. Il avait la sensation que sa partenaire lui faisait explicitement sentir qu’il n’était pas suffisant, pas assez entreprenant, sécurisant, disponible et engagé. De son côté à lui, elle lui fait peur par son instabilité, ses effusions émotionnelles, son imprévisibilité et son égoïsme.


Ces deux-là sont ensemble depuis des années, cette chanson, c’est leur quotidien.


En plongeant dans l’énergie de cet homme, je suis arrivé chez quelqu’un de peureux et avec une petite image de lui-même. Quelqu’un qui s’attend à ce qu’on lui dise qu’il ne comprend pas, qu’il peut plus, mieux, et finalement qu’il devrait être un autre. Enfin, c’est comme ça qu’il s’arrange avec cette pression maintenant intégrée depuis l’enfance.


En pratique, cet homme est quelqu’un de brillant, créatif, volontaire, travailleur, ayant l’envie de contribuer et qui ne compte pas ses heures.


Dans mon ressenti, le premier nœud se trouvait sur la disponibilité de son pouvoir et de la responsabilité qui va avec. C’est-à-dire que cet homme est aimé, respecté et ceux qui sont dans son environnement se sentent littéralement renforcés par lui. Mais lui joue à celui qui ne le voit pas. Il fait celui qui ne veut et ne mérite pas grand-chose. C’est difficilement supportable pour son entourage, parce que pour eux, il représente beaucoup, il est important, il est inspirant, ce qu’ils ressentent pour lui ne peut se limiter à des convenances trop polies et superficielles.


Donc, il joue au con. Il joue à celui qui ne veut pas et ne respecte pas cette reconnaissance que son entourage vibre pour lui. On arrive au rôle de sa femme, qui elle joue un jeu précieux dans cette ronde. Dans leur histoire, elle est là pour le révéler, le faire se tenir debout, respecter son aura, assumer sa puissance, profiter de sa carrure et s’investir consciemment dans ses relations comme dans ses productions. Elle est là pour qu’il ne tourne pas en rond.


Et la tâche n’est pas mince. Parce que sans qu’il le réalise, cet homme est passé maître dans l’art de fuir ceux qui le mettent en face de ses responsabilités. Son système de fonctionnement est inversé. Plus on le conforte, moins on le confronte, plus il croit être respecté et vice versa. Mais le bon indicateur pour démêler le fécond du stérile, c’est d’oser regarder où cette manière de fonctionner l’a mené. Quelle vie s’était-il bâti en priorisant d’être conforté et surtout pas confronté ?


Ceux qui partagent réellement nos intimités sont là pour nous renforcer. Non pas pour nous emmerder, mais pour nous empêcher de sous-jouer et/ou sur-jouer ce que nous sommes. Et par moments, ça passe par appuyer juste ce qu’il faut là où nous ne sommes pas clair, pas fluide, pas engagé, pas transparent. Ce mouvement n’est pas nécessairement conscient. Mais il est magnétiquement automatique. C’est-à-dire que dans l’intimité, un partenaire nous révèle automatiquement par ce qu’il dégage, sans faire aucun effort ni en avoir forcément l’intention. Et pas forcément non plus pour que la relation perdure. Mais forcément pour qu’on s’assume, que l’on prenne les responsabilités de notre histoire personnelle, de notre présence et de la direction vers laquelle nous voulons aller. C’est ce que les humains font naturellement entre eux.


On est loin des clichés du « cocher les cases du happy end à la Walt Disney ». Ce happy end (qui n’est jamais une fin), n’est pas à exclure, mais à condition que le sad end (qui n’est pas non plus une fin), soit aussi envisageable. Parce que les relations dans lesquelles nous nous engageons ne sont que des étapes, des spirales, des cycles qui nous prennent sous une forme, nous raffinent et nous amènent à une autre forme. C’est le sens profond d’une relation. La relation n’est pas là pour nous conforter et nous faire rester ce qu’on sait être au moment où nous nous y engageons. La relation nous fait grandir vers ce qu’inévitablement nous deviendrons. Parfois on ne fait qu’un cycle avec quelqu’un ou quelques-uns. Parfois on fait plusieurs cycles, et même dans certaines relations, on fait beaucoup de cycles ensemble. Si bien que ceux qui vivent ça peuvent sentir que s’ils continuent de relationner avec la même personne, en fait ils sont loin d’être ceux qu’ils étaient à la première rencontre. Ils peuvent même sentir qu’au travers des cycles qu’ils ont vécus, ils se sont séparés et à nouveau réunis autant de fois qu’ils ont signé pour un nouveau cycle, une nouvelle ambition, une nouvelle direction qu'ils étaient d’accord d'aller réaliser ensemble.


Mais comme cette réalité ne nous est pas explicitement enseignée, que la norme de beaucoup de relations est de se battre l’un contre l’autre pour obtenir le maximum en donnant le minimum, autrement dit, essayer de stagner ; beaucoup d’entre nous pensent qu’être changé par la relation est une voie à éviter. Alors que c’est la solution, la progression, la réalisation.


Être capable d’écouter, d’apprendre, de se laisser enseigner et façonner tout en restant intègre, à l’écoute de soi et de ses besoins pour continuer d’incarner sa singularité, c’est gagner en maîtrise. S’il ne nous est pas demandé de nous engager dans ce qui nous semble difficilement réalisable, nous n’apprenons pas grand-chose. Sur le chemin assumé de cette difficulté, respecter son rythme et, jour après jour, mettre en place les solutions qui mènent à cette réalisation qui, petit à petit, devient faisable, c’est se découvrir, repousser ses limites et rendre heureux et puissants ceux qui n’ont pas acheté notre auto-dévalorisation, ceux qui ont osé nous demander de devenir ce qu’ils voyaient de grand en nous.


C’est à cet endroit que m’a amené l’énergie de cet homme. Sa femme lui demande d’oser ce dont elle sent qu’il est capable et que lui est persuadé de ne pas pouvoir devenir. Alors, il croit qu’elle est folle. C'est plus simple que de se retrousser les manches et de croire en elle, ou, d'assumer de jeter l'éponge et de la laisser continuer sans lui.


Ça m’a amené à un autre nœud. Cette situation est possible parce que lui peut se permettre de la tenir à distance, de ne pas trop se mouiller, de la critiquer, de se vendre comme victime d’elle ; alors qu’elle l’attend, que sans lui elle ne peut pas avancer plus, quand lui se permet de faire comme si ce n’était pas de sa responsabilité.


Personne n’est blanc ou noir dans cette histoire, entendez-moi bien. Évidemment que sa manière de communiquer à elle a besoin d’être raffinée. Évidemment qu’elle est aussi garante d’une sécurité. Mais la base de leur engagement n’est pas claire. Et à cet endroit, lui a un rôle prépondérant. L’expression de l’amour qu’il lui porte est quelque chose qu’il donne au compte-gouttes, comme des bonnes notes et des punitions. Ça, c’est le socle d’une guerre fatigante et interminable.


Un homme n’a pas à tout pouvoir pour sa femme, ni pour les siens. Mais un homme doit pouvoir exprimer et assumer sa fidélité, son engagement et sa tendresse dans les meilleurs comme dans les pires moments. C’est ça l’enracinement, les fondations et la sécurité dont il est le gardien dans la relation. Quand il vend ses qualités pour faire pression, il se retrouve en face d’une femme qui lui vend ses qualités pour faire pression. Ce sont les deux faces de la même pièce. Et on peut tourner en rond longtemps comme ça. Ce n’est pas dramatique, même si c’est souffrant, parce que ce n’est qu’une étape de croissance. Quand c’est ce que nous avons intégré et retenu des plus hauts rapports humains disponibles sur cette terre, il faut bien aller au bout de ce délire pour, ensemble, décider de faire autrement. Et réaliser qu’on ne nous a pas appris autre chose, mais que pour nous respecter, nous soigner et choisir comme direction de dessiner des sourires sur nos visages, nous décidons de faire autrement.


Nous choisissons de nous rendre, d’apprendre, de reculer peut-être, d’être perdu dans certains compartiments du jeu, sûrement, mais de déconstruire et rebâtir pour notre paix et la priorité que ceux qui partagent notre intimité se reconnaissent, nous reconnaissent et trouvent chez eux, donc chez nous, un lieu où ils peuvent respirer et être eux sans avoir à se méfier ni de l’intérieur, ni de l’extérieur.


Merci Benjamin d’être venu te regarder sous cet angle, et merci pour le miroir évidemment.





 
 
 

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