Traumatismes et Superstitions, ou comment se détourner de sa mission généalogique,
- Romain Delaire
- 3 févr.
- 5 min de lecture
Ce texte se positionne dans la continuité d’un autre écrit nommé « Description d’un système sain, sécurisant, tendre et berceau d’innovations ». Je vais ici proposer une explication sur le pourquoi du comment on se complique les choses et on n’ose pas s’inscrire dans un système sécurisant, aimant, tendre et performant.
Pour beaucoup d’entre nous, l’enfance nous a tordu. C’est-à-dire qu’on a été éduqué à ne pas nous fier à nos sens, à notre bon sens, et à nos présents et concrets intérêts terrestres. Éduqué à croire que quelqu’un de plus grand que nous savait mieux que nous pour nous, et qu’il n’était même pas la peine d’essayer de l’égaler, que nous ne serions jamais à la hauteur de sa divinité. Vous voyez le lien avec la superstition ?
Et nous aimons réellement, sincèrement, profondément cette divinité. Qu’il s’agisse d’un dieu quelconque, de nos parents ou de toute autre figure de référence, nous les aimons profondément. Et notre rôle d’enfant est de les servir réellement. Un enfant ne se sent jamais autant à sa place que quand il se sent capable de renforcer ses parents, de servir et de participer au rêve familial. Quand il fait ça, il sent qu’il boucle la boucle et peut renvoyer l’amour prodigieux qu’il reçoit. Je ne parle pas ici d’amour tendresse, douceur ou de bonnes conditions de vie pour un enfant. Un enfant, un humain ressent une profonde gratitude d’être en vie, une profonde gratitude d’avoir reçu la vie. Même si ça se conjugue de manière particulière pour chacun d’entre nous, nous sentir en capacité de poser un acte qui renvoie l’ascenseur, même si c’est « dénoncer son parent dans l’espoir de l’aider à se sortir d’une mauvaise situation », ou « se séparer de ses parents pour se protéger donc protéger l’héritage familial », pour donner des exemples qui ne sont pas intuitifs, ça permet énergétiquement de renvoyer l’ascenseur et de faire sa part/prendre sa place dans la généalogie familiale. C’est une notion majeure.
Les traumatismes et superstitions viennent d’un mensonge qui n’a pas été désamorcé et/ou d’une violence qui n’a pas été réparée. Quelqu’un qui avait de l’autorité sur nous et qui en a abusé en nous faisant croire quelque chose, soit qu’à lui aussi on avait vendu sans désamorcer, soit qu’il savait faux, sans finir par nous dire que c’était une contre vérité. Quelqu’un qui avait l’ascendant physique sur nous et qui en a profité pour nous blesser sans revenir réparer. Ça marche aussi avec un évènement (accident psychique ou physique), qui nous fait sentir impuissant et atteignable au plus profond de nous. Ces évènements produisent un traumatisme, une superstition chez nous. La croyance de notre compréhension mentale de la situation prend le pas sur notre expérience directe de notre réalité. Ça crée chez nous un précédent de « je ne peux pas avoir confiance en ce que je perçois », « le monde dans lequel j’évolue est hors de ma portée, hors de ma capacité d’appréhension ». Alimentant une tension puissante puisqu’il faut se rappeler/persuader d’une réalité mensongère (effort de mémoire), et nier nos perceptions vis-à-vis du sujet en question (effort de déni de notre point de regard). C’est précisément ça un traumatisme, un choc qui produit une blessure, une séparation. Un objet étranger s’immisce entre deux parts de nous qui ne peuvent plus communiquer. Et tant que la blessure est entretenue, le membre blessé reste dysfonctionnel.
Donc on se retrouve avec des enfants pour qui donner de la force, de la perspective et un nouveau souffle à leur famille est ce qu’ils peuvent faire de plus prodigieux de leur sang. Et des parents qui sont des enfants qu’on a éteints à coup de pied et de mensonges, qui ne savent plus où ils en sont et qui transmettent les mêmes conneries à leurs petits, croyant bien faire. Incapable de faire leur examen de conscience, de remettre les choses à plat et d’accepter directement l’aide de leurs enfants, préférant que leurs petits s’en aillent loin du nid et que l’histoire familiale tordue meure avec eux. Sauf que les gamins n’ont qu’une seule mission, rétablir de la clarté, de l’honneur et de la fluidité dans leur généalogie. Alors une tension énorme essaye de retarder au maximum la percussion de ces forces contraires, il ne reste plus qu’à tenter de se divertir. Essayer de penser et de s’investir dans tout sauf dans l’enjeu et l’histoire familiale. Pour les petits comme pour les grands.
Les superstitions et traumatismes ne sont que des divertissements qui m’invitent à me battre contre moi, contre les miens, contre mes intérêts, contre mes perceptions. À dilapider le trésor et prouver que je ne vaux rien, que je n’y arriverai jamais, que c’est ma faute, que c’est leur faute, que c’est fatal, que c’est foutu. Et tout ça juste pour générer une énergie fast-food de conflit immédiat, plutôt que de prendre le temps de cultiver quelque chose de raffiné, honorable, transmissible et qui rétablisse la puissance de ma généalogie.
Mais ça ne peut durer qu’un temps. Lorsque tout le monde est épuisé, et que les pires comportements n’ont pas réussi ni à provoquer l’oubli, ni à tuer la lignée, se retrousser les manches et prendre le temps de remettre de l’ordre devient la dernière et finalement la plus facile des choses à faire.
Alors, je ne me bats plus contre moi ni les miens pour prouver que je mérite ma place, mais, mettant ma singularité au service du rêve commun enfin assumé, ceux qui m’entourent m’aident et me renforcent toujours plus et je suis heureux de faire la même chose pour eux dès que je le peux. Le paradis est alors disponible sur terre. Non pas qu’il ne soit que de la lumière ou du plaisir, mais plutôt vivre en conscience notre contribution à un ensemble, à quelque chose qui nous tient à cœur, quelque chose qui prend soin de ceux qui ne sont plus, de ceux qui sont là, et de ceux qui viendront.
Nous ne serons jamais arrivés. Les petits qui arrivent après nous continueront d’apporter ce dont nous ne sommes pas encore capables, mais maintenant nous le savons. Nous pouvons rester près d’eux, user de notre expérience pour donner de la consistance à leurs élans et leur rafraîchissante innocence. Maintenant nous pouvons les accueillir et leur préparer le terrain. Conscient qu’ils apportent une nouveauté qui résoudra nos difficultés, nous pouvons les écouter, leur faciliter l’adaptation, entendre leurs simples et précieux enseignements, les accompagner/laisser prendre les chemins qui les inspirent, transmettre et témoigner de ce qui vit en nous et nous a été légué, et leur passer le relais d’en faire ce qu’ils en sentent.


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