Un point sur les notions vu en live le 6.02.26. Partie 2
- Romain Delaire
- 9 févr.
- 7 min de lecture
Madame D me demandait : comment fait-on pour persévérer avec la peur d’être seul, la frustration de ne pas trouver de copain de jeu sur le chemin, l’incertitude de savoir si ce que nous entreprenons mènera bien quelque part ?
Je suis arrivé dans l’énergie de quelqu’un qui se cache. A tort et à raison, quelqu’un qui veut beaucoup mais en investissant, en se montrant peu. Au fond je sentais quelqu’un de très déterminé, une grosse force de concentration, de matérialisation et un appétit intense.
Mais comme un fauve qui voudrait faire sa place parmi les vaches, madame tourne en rond. Les jeux de vache, ça va cinq minutes pour elle, et la vie de fauve, ça fait tellement longtemps qu’elle ne s’y adonne pas, qu’elle a peur de l’oser, de l’assumer et de l’incertitude des résultats de ses capacités trop peu affutées.
Pas grand-chose d’autre à mettre en évidence : Madame, tu sais ce que tu vis. Tu sais ce que tes choix produisent, tu sais qu’en continuant de faire ce choix, tu te retrouves à ces endroits tièdes. Certes, ces endroits ne sont pas périlleux, mais comme tu me le témoignes, ta vie doit-elle se limiter à ça ? Oui, si tu le choisis, non si tu essaies autrement.
La vie de fauve, la vie de celle qui poursuit quelque chose qu’elle sent, qui l’inspire et lui fait briller les yeux n’est pas une vie de certitudes, de facilité et toujours confortable. Mais elle peut avoir le mérite de t’affûter, de te réveiller, de te garder éveillé à tes sens, à ton attention et de te mettre en action pour vivre une folie douce, celle de décider du sens de ta vie d’humain. Les autres ne peuvent pas te conforter, et même t’encourager, surtout quand tu attends qu’ils te confirment que tu es bizarre et que tu ne devrais pas avoir envie de ce qui t’allume. C’est un chemin qu’on prend en son âme et conscience, d’abord avec soi. Après, sur le chemin, il peut y avoir des compagnons de route, de belles histoires. Mais ce sont des relations entre humains qui ne demandent pas à l’extérieur la direction que leur inspire leur instinct. Quand le voyage peut se faire seul, il peut alors se faire accompagné.
Bon voyage.
Sylvie demandait : quels sont les red flag pour identifier une relation malsaine ? Et plus largement : comment savoir si c’est la bonne relation et pour soi-même comment être la bonne personne pour prendre soin d’une relation ?
Il m’est venu tout de suite l’importance d’avoir le droit de ne pas justifier nos envies d’être là ou non. D’alimenter une relation ou non. Le droit de pouvoir faire nos choix sans être obligé de les comprendre nous-mêmes, ni de pouvoir les expliquer avec certitude. Quand on s’offre ce luxe, celui d’agir au ressenti, explicable ou non, on s’offre l’accès à un monde qui respecte nos silences comme nos chants. Un monde qui reconnaît que nous sommes là parce que nous le choisissons, et que si nous ne sommes pas là c’est que nous sommes appelés ailleurs, c’est notre vie, c’est notre responsabilité.
On n'a pas besoin d’avoir de bonnes raisons d’avoir envie d’être ensemble, comme on n'a pas besoin d’avoir de bonnes raisons de partir.
La relation n’est pas la réunion des bonnes personnes qui savent ne pas se toucher et ne pas s’atteindre. La relation nous fait nous rencontrer, nous découvrir sous des angles que nous ne connaissons pas. C’est une aventure intime intense. C’est tellement personnel que personne n’a le droit de nous dire que nous devrions nous forcer, comme personne n’a le droit de nous dire que nous ne sommes pas au bon endroit. C’est nous avec nous, nos sentiments, nos sensations, que nous sachions les expliquer ou non. Ce que nous choisissons, c'est la manière avec laquelle nous nous engageons et nous investissons dans le choix d'être là ou non.
La relation transforme jusque dans nos plus abyssales profondeurs, surtout la relation intime quotidienne. Évidemment qu’on ne le fait pas n’importe comment avec n’importe qui. Soit ça vous prend aux tripes, au coeur ou ailleurs d’avoir envie d’avancer et de marcher ensemble, soit vous avez raison d’en rester là et de continuer votre chemin.
Ceux qui partagent vos vies n’ont rien à faire de la perfection que vous pourriez essayer d’atteindre. Ceux qui sont là sont là pour ce que vous êtes maintenant, ni plus ni moins. Ils vous prennent avec tout ce que vous êtes, ce que vous avez été, et ce que vous serez. S'il y a des divergences trop profondes sur le chemin, on a le droit de continuer de notre côté, mais quand on marche ensemble, on ne demande pas à l’autre d’être autre, on marche ensemble avec tout ce qu’on est maintenant.
Chez Sylvie, j’ai senti comme une impossibilité de réaliser qu’elle est suffisante pour elle et pour ceux qui l’entourent. Comme une impossibilité de reconnaître qu’elle est respectée et souhaitée comme elle est, ni plus ni moins. Son impuissance, ses blessures, ses peurs et ses espoirs, ceux qui l’entourent les connaissent par cœur. Cela n’est en rien disqualifiant. Sylvie ne sauve personne, Sylvie ne fait de mal à personne. Sylvie est la bienvenue chez elle comme elle est. Bienvenue chez toi, Sylvie.
Delphine me demandait une technique pour ne pas se laisser emporter par la pression, les fantômes, les angoisses et les jugements.
Je suis arrivé dans l’énergie de quelqu’un qui, pour de nobles raisons, se prend bien trop au sérieux. Dans la continuité de la question de Sylvie, j’ai eu envie de lui proposer d’avoir le droit de rigoler d’elle. Rigoler de son premier degré, de sa légèreté, de ses étourderies, de ses travers, et d’à quel point elle constate qu’elle n’est pas parfaite.
Il est un paradoxe que ce soient les personnes qui veulent le mieux faire qui sont les plus lourdes et rigides. Les étapes ne se sautent pas, et savoir rire de soi, s’accueillir dans nos incapacités, nos maladresses, nos erreurs et nos délires fait intrinsèquement partie de la maturation d’un être humain qui se respecte.
Le charme ne jaillit pas de la perfection, mais de la douceur et de la tendresse avec laquelle on porte nos handicaps, nos incapacités et nos dysfonctionnements.
Que Delphine se rassure, le chemin est sans fin. Et oser le plaisir de cheminer est l’art des humains. L’enjeu réside dans le courage de cheminer joyeusement avec ce qu’on est, et non d’arriver à l’endroit où enfin, nous serions suffisamment parfaits pour ne plus changer.
Gladys me parlait de son rapport à la loyauté vis-à-vis de ses parents. Elle témoignait avoir longtemps cherché à s’extraire des comportements de ses parents, tout en reconnaissant qu’elle était en phase avec le fond mais pas la forme de ce à quoi elle avait été exposée auprès d’eux. Elle me demandait comment dépasser le sentiment de défiance qu’elle ressent toujours.
Il m’est venu de lui présenter qu’effectivement le fond de la qualité de ce qu’elle a reçu, elle le sent. Elle sent dans quel bois elle est taillée et ça lui convient. Ou plutôt, c’est elle, c’est son histoire, c’est leur histoire et c’est sacré.
C’est comme si Gladys ne savait pas réaliser et dire à ses parents « Pourquoi n’êtes-vous pas fière de ce que vous avez fait de moi, de ce que vous avez fait de nous ? Vous n’en avez pas la totale responsabilité, mais vous avez fait du mieux que vous pouviez. Vous m’avez appris mille choses qui continuent de vivre en moi. Vous n’étiez pas parfait, mais vous étiez là. Grâce à vous, je suis devenue celle que je suis. Grâce à vous j’ai une famille, une histoire, un savoir, des valeurs et l’envie de pousser plus loin ce qu’ensemble on a vécu et appris. Merci »
Cette fierté, Gladys, c’est une tendresse que l’on choisit de s’offrir. C’est un peu comme l’image du verre à moitié vide ou plein. C’est un choix de ne pas sortir d’une posture, d’un point de regard, d’une manière de lire et dire ce qui est et ce qui a été. Chacun en est souverain pour lui-même. Et c’est aussi la bonne nouvelle.
Parce que toi Gladys, tu n’as pas besoin que tes parents soient fiers de ce qu’ils ont fait de toi, pour être fière d’eux, pour être fière de ce que tu es, pour être fier de ce que vous êtes.
Pas besoin qu’ils reconnaissent ouvertement ni consciemment cette vérité. Si pour une part de toi, cette lecture révèle une vérité, tu n’as besoin de personne pour en profiter.
Si je caricature dans les termes, mais pas dans le mécanisme, c’est de cette manière qu’il est possible d’aimer les gens qui ne s’aiment pas. Pas besoin que l’autre reconnaisse ce qui chez lui nous touche, nous charme, nous nourrit ou nous désarme. Assumer que ça se produit en nous est suffisant pour vibrer la générosité de nous sentir en lien.
Oscar témoignait de sa perception d’ondes basses fréquences se demandant si c’était quelque chose de bienveillant ou malveillant. Il me demandait comment contrer ces perceptions.
Il m’est venu qu’Oscar essayait de protéger le monde de lui-même. C’est-à-dire qu’Oscar essaye de laisser l’endroit dans l’état où il l’a trouvé. C’est un travers qui peut nous être enseigné.
Ce monde nous accueille, et nous demande de le changer. Pas pour le meilleur, pas pour le pire. Juste pour y apporter ce qui nous plaît de vivre et de matérialiser.
Comme tout le monde, Oscar est un médium. C’est-à-dire qu’il se nourrit, il reçoit, qu’il digère, il transforme, et qu’il donne, il exprime. C’est la fonction des humains. Plus on veut s’extraire de cette spirale, plus on souffre. Je prenais l’image d’aller faire caca. Se retenir de faire caca par peur de donner quelque chose qui ne conviendrait pas, c’est décider de souffrir profondément.
J’ai donc conseillé à Oscar de choisir sa santé, sa respiration et sa légèreté en exprimant, en partageant sa vision du monde, en impactant, en choisissant, en tranchant et en acceptant de perdre le contrôle sur ce que le monde fera de ce qui passe par lui.


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